Sénégal : un soutien inattendu pour la candidature de Macky Sall à l ONU

Un virage diplomatique au nom de la continuité de l’État

Quelques jours après avoir reçu Macky Sall au Palais de la République, Bassirou Diomaye Faye a annoncé sans ambiguïté : le Sénégal apportera son plein soutien à la candidature de l’ancien président pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Une décision qui surprend autant qu’elle s’impose comme une évidence stratégique.

Sur la scène internationale, il était devenu impensable que le Sénégal, pays d’où est originaire Macky Sall, ne valide pas sa démarche. Succéder à António Guterres représenterait non seulement une fierté nationale, mais aussi une opportunité unique de renforcer l’influence africaine, notamment pour obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

De la prison au palais présidentiel : une réconciliation symbolique

Le parcours de Bassirou Diomaye Faye, passé de la détention à la présidence en quelques semaines, a longtemps été marqué par une opposition farouche à Macky Sall. Arrêté en avril 2023 dans le cadre d’une répression visant Ousmane Sonko, il a été libéré en mars 2024 grâce à une grâce présidentielle, juste avant l’élection. Son élection au premier tour a scellé une rupture avec l’héritage de Macky Sall, accusé d’autoritarisme.

Pourtant, deux ans après cette transition tumultueuse, le président actuel a choisi de dépasser les rancœurs personnelles. La présidence sénégalaise a souligné cette démarche : un dialogue au-delà des alternances politiques, au service d’un dossier jugé essentiel pour l’Afrique et le multilatéralisme. Le gouvernement et la diplomatie sénégalaise ont reçu pour mission de promouvoir activement cette candidature.

L’ombre portée d’Ousmane Sonko et le réalisme politique

Ce revirement stratégique n’aurait probablement pas été possible sans un événement clé : la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko en mai dernier. Tant que l’alliance Faye-Sonko persistait, une ligne dure contre l’ancien régime restait incontournable, portée notamment par Sonko lui-même, dont l’antagonisme avec Macky Sall était bien plus marqué.

La disgrâce de Sonko a libéré Bassirou Diomaye Faye de cette contrainte. Le président peut désormais adopter une posture de chef d’État, soucieux des intérêts nationaux, plutôt que d’hériter d’un contentieux partisan toujours vivace. Cette décision s’inscrit aussi dans une stratégie plus large : la création prochaine d’un nouveau parti politique, visant à fédérer au-delà des clivages traditionnels, y compris les réseaux de Macky Sall et d’Abdoulaye Wade.

Une candidature africaine sous le feu des réalités onusiennes

Pour Macky Sall, ce soutien sénégalais est un atout majeur. Sa candidature, déposée en mars par le Burundi au nom de la présidence tournante de l’Union africaine, souffrait d’un handicap de taille : l’absence de soutien officiel de son pays d’origine. Dans les coulisses des négociations onusiennes, un silence ou une neutralité de Dakar aurait été interprété comme un désaveu, fragilisant sa position face aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

L’appui de Bassirou Diomaye Faye change la donne. Il permet à Macky Sall de se présenter comme un candidat pleinement légitimé par son pays, privant ses rivaux d’un argument de poids. Pourtant, cette dynamique ne garantit pas une victoire. La coutume onusienne privilégie généralement une rotation régionale, et cette fois, c’est au tour de l’Amérique latine. Quatre des cinq candidats déclarés en sont issus : l’Argentin Rafael Grossi, la Chilienne Michelle Bachelet (qui a depuis retiré sa candidature), la Costaricaine Rebeca Grynspan et l’Équatorienne María Fernanda Espinosa.

Un défi de taille malgré les atouts

Macky Sall reste le seul candidat non latino-américain et l’unique ancien chef d’État en lice. Aucun Africain n’a dirigé l’ONU depuis Boutros Boutros-Ghali dans les années 1990, un déficit de représentation réel mais insuffisant pour inverser la tendance. Le soutien du Sénégal consolide sa position sans pour autant lever l’obstacle principal : les arbitrages du Conseil de sécurité, où le veto des cinq membres permanents sera déterminant.

Sur ce front, Macky Sall ne part pas de zéro. Proche de la France, il entretient aussi des relations solides avec la Russie. En mars 2022, sous sa présidence, le Sénégal s’était abstenu lors du vote d’une résolution de l’Assemblée générale sur l’invasion de l’Ukraine. Quelques jours après l’annonce du soutien sénégalais, il était reçu à Moscou par Sergueï Lavrov, signifiant une diplomatie active et équilibrée. Le verdict est attendu pour l’automne.