Des idéaux de souveraineté aux arrangements privés
Près d’un an et demi après le changement de régime à Niamey, les ambitions de « Refondation » portées par la transition nigérienne se heurtent à des pratiques de gestion opaques dans le secteur extractif. Au centre de la tourmente, le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, est pointé du doigt pour un mélange des genres flagrant. Ancien pilier du cabinet Mazars, il est accusé d’utiliser ses prérogatives étatiques pour favoriser son ancienne structure, exigeant une transparence totale sur les comptes de la SORAZ.
Le retour inattendu du cabinet Mazars
Initialement, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) prônait une rupture nette avec les anciennes méthodes. La Société de raffinage de Zinder (SORAZ) était alors le symbole de cette volonté de reprise en main. Le cabinet Mazars, partenaire historique de l’État, avait été écarté, soupçonné de partialité par le pouvoir et les alliés chinois de la CNPC. L’objectif affiché était alors de recruter un auditeur indépendant pour assainir la politique Niger en matière d’énergie.
Pourtant, l’ascension de Hamadou Tini en janvier 2026, sous la protection du Général Mody, a radicalement changé la donne. Ce passage de l’expertise privée au sommet de l’État a marqué le retour en grâce de son ancien employeur.
Un cumul de fonctions inédit au sommet de l’État
Dès sa prise de fonction, le ministre Hamadou Tini a imposé la reprise de l’audit de la SORAZ par le cabinet Mazars. Cette décision place le ministre dans une position de conflit d’intérêts exceptionnelle : il est à la fois le commanditaire de l’audit pour le compte des citoyens Niger, le représentant du prestataire qui exécute la mission, le destinataire des conclusions et l’unique signataire des règlements financiers.
Cette situation soulève de graves questions sur l’objectivité des contrôles financiers. L’indépendance de l’audit semble compromise lorsque le ministre de tutelle est lui-même issu des rangs du cabinet chargé de l’enquête, créant un système où le contrôleur et le contrôlé se confondent.
Pression sur la SORAZ et secrets industriels
Le ministre ne se contente pas de réactiver des contrats. Il a récemment émis une directive contraignante exigeant que la SORAZ livre à Mazars, sous huit jours, l’ensemble de ses données stratégiques. Ces informations, incluant des détails comptables, techniques et opérationnels sensibles, avaient été jusque-là protégées par la direction de la raffinerie et ses partenaires internationaux pour des raisons de confidentialité commerciale.
L’ombre des prédécesseurs et la lutte pour le contrôle
L’instabilité à la tête du ministère du Pétrole prend un nouvel éclairage. Avant Hamadou Tini, Mahaman Moustapha Barké avait tenté de lancer un audit avant d’être arrêté par la DGDSE et détenu durant de longs mois. Son successeur, le Dr Sahabi Oumarou, a également été évincé rapidement après avoir essayé de s’attaquer au dossier SORAZ.
Des analyses suggèrent que Hamadou Tini aurait pu contribuer à la chute de ses devanciers en produisant des rapports critiques alors qu’il officiait encore comme expert privé, facilitant ainsi son propre accès au pouvoir pour imposer son agenda.
Une transition nigérienne à l’épreuve de la transparence
L’affaire de la SORAZ illustre les tensions internes de la actualité souveraine Niger. Alors que le pays fait face à des défis économiques majeurs, la gestion de la manne pétrolière semble s’enliser dans des querelles d’influence corporatistes. La promesse de probité du Niger Patriote se confronte ici à une réalité où les méthodes du passé semblent perdurer sous de nouveaux visages, au détriment de l’intérêt national.