Rupture politique à Dakar : Diomaye et Sonko, l’alliance brisée

Au Sénégal, la rupture définitive entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Saikou Seydi
Les tensions entre les deux dirigeants ont atteint leur paroxysme en juillet 2025, lorsque l’ancien Premier ministre critiquait ouvertement l’autorité présidentielle au Sénégal.

Lundi dernier, le président Bassirou Diomaye Faye a présenté la composition de son nouveau gouvernement. Quelques heures plus tôt, Ousmane Sonko, figure historique du parti Pastef-Les Patriotes, avait confirmé que ses militants n’y siégeraient pas. Cette absence marque la fin officielle d’une collaboration qui avait porté l’espoir d’un renouveau politique au Sénégal.

La rupture entre les deux hommes, autrefois présentés comme un tandem indissociable, plonge une partie de la jeunesse sénégalaise dans l’incompréhension. À l’Université Cheikh Anta Diop, certains étudiants peinent à accepter cette séparation qui symbolisait jusqu’ici une promesse de changement.

La désillusion d’une génération

Sous les arbres de la Faculté des Lettres, Amath Segnane, étudiant en fin de cursus, exprime son amertume. Il faisait partie de ceux qui avaient cru en la force de cette alliance. « On nous avait promis une équipe soudée, où Diomaye et Sonko marcheraient main dans la main pour reconstruire le pays. Aujourd’hui, les voir s’opposer, c’est nous voler nos rêves », confie-t-il.

Pour lui, cette rupture remet en cause l’image d’unité qui avait séduit des milliers d’électeurs lors de la campagne présidentielle. La déception est d’autant plus forte que leurs parcours politiques semblaient complémentaires.

La jeunesse sénégalaise divisée par la rupture entre Diomaye Faye et Sonko.

Une séparation annoncée ?

À quelques pas de là, Mamadou Bah, étudiant en sciences économiques, adopte un ton plus pragmatique. Selon lui, les signes d’une fracture étaient visibles depuis des mois. « Le Premier ministre de l’époque ne reconnaissait plus l’autorité présidentielle. Ses prises de position répétées montraient qu’il se plaçait au-dessus du président. Son exclusion du gouvernement était inévitable », analyse-t-il.

Bien que déçu par cette tournure des événements, il soutient la décision du chef de l’État de reprendre le contrôle de l’exécutif. Pour lui, la stabilité du pays prime sur les divisions partisanes.

Entre espoir et réalisme

Omar Sarr, étudiant en arabe, refuse pour sa part de tirer un trait définitif sur cette alliance. Il rappelle que leur parcours commun, forgé sur des années de combat politique, rend toute rupture irréversible difficile à concevoir. « Sans Sonko, Diomaye n’aurait jamais accédé à la présidence. Leur victoire électorale était le fruit de leur collaboration. Aujourd’hui, certains penchent pour Diomaye, d’autres pour Sonko. Mais de là à parler de divorce… Je n’y crois pas », déclare-t-il.

Aujourd’hui, le président Bassirou Diomaye Faye dirige le pays sans le soutien de son parti historique, tandis qu’Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, incarne l’opposition. Une nouvelle donne politique qui alimente les débats et interroge l’avenir du Sénégal.