Romuald Wadagni, élu à 94 % des voix, prend les rênes du Bénin pour sept ans
Le nouveau chef de l’État béninois a prêté serment ce 24 mai à Cotonou, succédant à Patrice Talon dans un contexte de scrutin controversé où l’opposition n’a pu concourir. Son mandat s’inscrit dans la continuité économique tout en affichant une volonté de dialogue avec les voisins sahéliens.
Avec plus de 94 % des suffrages exprimés au premier tour, Romuald Wadagni a marqué l’histoire politique du Bénin en accédant à la magistrature suprême. Élu dans un scrutin où le parti majoritaire a vu sa candidature invalidée, le nouveau président hérite d’un pays où le paysage politique reste profondément transformé par les réformes institutionnelles récentes.
Âgé de 49 ans, Romuald Wadagni devient le cinquième dirigeant du Bénin depuis le retour à la démocratie en 1990. Ancien ministre des Finances et de l’Économie sous Patrice Talon, il incarne la continuité d’une politique économique saluée par les partenaires internationaux, malgré les critiques sur la restriction des libertés politiques.
Un héritage économique à porter, des défis politiques à relever
Romuald Wadagni a passé près de deux décennies dans le secteur privé, notamment comme consultant chez Deloitte, avant de rejoindre le gouvernement en 2016. Son expertise en matière de levées de fonds et de gestion budgétaire a contribué à maintenir la notation souveraine du Bénin sur les marchés financiers internationaux. Son élection du 12 avril 2026, validée par la Cour constitutionnelle, s’est jouée face à un seul candidat, Paul Hounkpè, dans un scrutin marqué par l’absence des principaux partis d’opposition.
Le nouveau mandat de sept ans, introduit par une réforme constitutionnelle en 2025, modifie durablement le calendrier électoral béninois. Les législatives et la présidentielle sont désormais séparées, un changement qui redéfinit les dynamiques politiques locales. La vice-présidente Mariam Chabi Talata, élue sur le ticket gagnant, occupe désormais le second poste de l’État, conformément aux nouvelles règles.
Une cérémonie d’investiture sous haute surveillance
Le 24 mai à Cotonou, la prestation de serment s’est déroulée avec une précision protocolaires, entre 9h30 et 12h00. Patrice Talon a officiellement transmis les insignes présidentiels à son successeur après un entretien privé au Palais de la Marina. La Cour constitutionnelle a ensuite officialisé l’investiture, suivie de la remise des insignes honorifiques et du drapeau de commandement aux forces armées.
Plus de 6 000 invités, dont plusieurs anciens chefs d’État comme Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi, ont assisté à l’événement. Le déroulement millimétré de la cérémonie a été salué par les observateurs présents, même si le climat politique reste tendu, marqué par l’exclusion de l’opposition lors du dernier scrutin.
Un scrutin sans opposition : les raisons d’un climat politique tendu
Le parti Les Démocrates, dirigé par l’ancien président Thomas Boni Yayi, a vu sa candidature invalidée en octobre 2025 pour défaut de parrainages suffisants. Malgré 27 signatures parlementaires sur les 28 requises, un député s’est rétracté, entraînant le rejet définitif par la Cour constitutionnelle. Plusieurs figures de l’opposition, comme Reckya Madougou et Joël Aïvo, purgent des peines de prison pour des motifs jugés politiques par les ONG.
Les règles d’accès au scrutin se sont également durcies : frais d’inscription élevés, certificats de conformité contrôlés par le pouvoir, et seuil de 20 % des voix par circonscription pour conserver des sièges. Résultat, aux législatives de janvier 2026, Les Démocrates n’ont obtenu aucun élu. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), créée en 2016, est régulièrement pointée du doigt pour son utilisation contre des opposants.
Sécurité intérieure et diplomatie régionale : les priorités affichées
Dans son discours d’investiture, Romuald Wadagni a insisté sur deux axes majeurs. D’abord, la traduction de la croissance économique en bénéfices concrets pour les ménages béninois, avec un accent sur les jeunes, les femmes, les zones rurales et les classes moyennes. Ensuite, une fermeté accrue face aux groupes armés actifs dans le nord du pays depuis 2022.
Sur le plan international, la présence de seize délégations étrangères, dont celles du Mali, du Burkina Faso et du Niger, a marqué les esprits. L’accueil chaleureux réservé au Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, en pleine tension diplomatique entre Cotonou et Niamey, a surpris les observateurs. Cette ouverture contraste avec la position jusqu’ici ferme du Bénin envers les régimes militaires sahéliens.
Le discours, structuré autour de l’adresse « à vous, je veux dire », a mis en avant des messages ciblés : aux jeunes, aux femmes, aux ruraux, aux classes moyennes, à la diaspora et même aux descendants africains de la traite, rappelant que le Bénin reste « la maison de retour ». La place accordée aux femmes, avec Mariam Chabi Talata comme vice-présidente, a particulièrement retenu l’attention.
Les prochaines étapes à surveiller
Plusieurs décisions clés vont dessiner les contours du septennat de Romuald Wadagni. La composition du gouvernement, attendue dans les jours à venir, révélera si le nouveau président s’appuiera sur les mêmes équipes ou intégrera de nouvelles forces. Le sort des opposants emprisonnés, dont certains réclament une amnistie, sera un test pour le nouveau pouvoir.
Enfin, les gestes diplomatiques envers l’Alliance des États du Sahel (AES) – Niger, Mali, Burkina Faso – seront déterminants. Une visite officielle à Niamey, Bamako ou Ouagadougou pourrait symboliser une véritable réconciliation, après des mois de tensions, notamment sur la question de l’oléoduc reliant le Niger au port béninois.
Le Bénin s’engage dans une nouvelle ère politique, où la stabilité économique contraste avec un pluralisme politique en net recul. La question n’est plus tant celle de la continuité que celle de l’équilibre entre performance économique et ouverture démocratique.