Richard bona dénonce la corruption qui ronge la jeunesse camerounaise

richard bona dénonce la corruption qui ronge la jeunesse camerounaise

Cameroun 2025 | La jeunesse camerounaise veut tourner la page Biya (12.10.25)

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude récente d’Afrobaromètre, plus de la moitié des Camerounais reconnaissent avoir versé des pots-de-vin pour éviter des ennuis avec les forces de l’ordre. Près de 50 % avouent avoir corrompu un agent public afin d’obtenir des documents administratifs, tandis que 37 % ont payé pour accéder à des soins médicaux.

Dans une tribune exclusive, Richard Bona, bassiste et chanteur camerounais en exil, a livré une analyse sans concession sur la situation. Pour lui, la jeunesse camerounaise est profondément marquée par ce fléau : « La jeunesse au Cameroun est une jeunesse corrompue. Ils ont été élevés de cette manière. On attend juste des miettes d’en haut. À part quelques exceptions, vraiment rares, c’est une jeunesse corrompue. Et je ne pense même pas que le Cameroun s’en sortira. »

Sur les réseaux sociaux, les réactions fusent. Certains internautes dénoncent un système où les jeunes sont piégés : « Les enfants savent que le policier n’est pas là pour leur sécurité, mais pour soutirer 500 francs. »

Cependant, tous ne partagent pas ce constat. Beaucoup soulignent que si des dérives existent, une grande partie de la jeunesse subit la corruption plutôt qu’elle ne la perpétue. « Il y a des jeunes corrompus, mais il y a aussi une majorité qui en pâtit. »

Un autre internaute tempère : « Oui, il existe des comportements condamnables. Mais aucun peuple ne se construit en jugeant toute une génération à partir de ses dérives. »

Je ne pense même pas que le Cameroun s’en sortira (Richard Bona)

Un pays classé parmi les plus corrompus au monde

Le Cameroun occupe le 142e rang sur 182 pays dans le dernier classement de Transparency International, publié en début d’année. Une position qui reflète l’ampleur du phénomène.

Dans son rapport 2024, la Commission nationale anti-corruption (Conac), rattachée à la présidence, a tiré la sonnette d’alarme : « Le Cameroun ploie toujours sous le poids de la corruption. Des milliards de francs CFA continuent d’être détournés des caisses de l’État par des individus. »

Un fonctionnaire camerounais, sous couvert d’anonymat, confie : « Beaucoup de jeunes ne savent même plus ce qui est anormal. Ils se nourrissent de la corruption. »

Pourtant, tous ne partagent pas ce pessimisme. Certains estiment que la jeunesse camerounaise reste un moteur de changement : « Il y a une partie de cette jeunesse qui est très battante, qui essaie de faire les choses correctement, avec dignité. Elle fait rêver. »

« Le Cameroun bouge grâce aux jeunes. Si tous étaient corrompus, le pays serait à l’arrêt. »

La jeunesse camerounaise, victime ou complice de la corruption ?

Maître Akere Muna, fondateur de Transparency International Cameroun et expert international en lutte contre la corruption, offre une analyse nuancée. Pour lui, la jeunesse est à la fois victime et « complice tacite » d’un système corrompu. « Une jeunesse prise en embuscade », selon ses mots.

« La corruption au Cameroun est systémique. Dire que les jeunes y sont pour quelque chose… mais ils ne gèrent rien. Ils subissent. Il faut qu’ils survivent. Alors, ils se prêtent au jeu. Je pense que les jeunes doivent être sensibles au fait que leur avenir est hypothéqué par ce phénomène. Il faudrait qu’ils puissent le dénoncer. »

L’expert ajoute : « Pendant quarante ans, on a eu cette culture où ce n’est pas la compétence qui fait avancer, ni le travail. Les jeunes apprennent vite : il faut connaître quelqu’un, il faut le népotisme, le tribalisme pour progresser. »

Pour inverser la tendance, Maître Akere Muna plaide pour une éducation qui valorise l’effort : « Il faut montrer que le travail paie. Si on est fainéant, on ne fait rien, on ira nulle part. »

La Conac appelle quant à elle l’ensemble de la société – agents publics, privés et citoyens – à se mobiliser contre ce fléau. Une ligne verte, le 1517, est mise à disposition pour signaler tout acte de corruption.