Réfugiés maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et peur d’un nouveau départ

Un groupe de réfugiés maliens près d’un point d’eau dans un camp de fortune situé à Doueinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, photographié fin avril 2026.

« Si les mercenaires de l’Africa Corps quittent le Mali, nous rentrerons chez nous » : cette phrase résume l’espoir fragile de Mosso*, un réfugié touareg originaire du centre du Mali. Il a fui vers la Mauritanie après avoir été témoin des violences liées à l’intervention des paramilitaires russes, désormais intégrés sous la bannière de l’Africa Corps, alliés de la junte malienne. Les attaques menées fin avril par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) ont marqué un tournant dans le conflit malien, causant notamment la mort du ministre de la Défense.

Des exactions attribuées aux Russes et à l’armée malienne

À Fassala, en Mauritanie, près de la frontière avec le Mali, les souvenirs des agissements des mercenaires russes restent vivaces. Considérés comme les héritiers du groupe Wagner, ces paramilitaires accompagnent l’armée malienne depuis le retrait des forces françaises en 2024. Mosso, un éleveur de 57 ans, raconte sous une tente de fortune sa fuite précipitée après l’enlèvement de plusieurs hommes de son campement par des individus blancs qu’il identifie comme des Russes. Son frère a été tué sous ses yeux par ces mêmes hommes, devant son fils alors âgé de 14 ans, il y a un an. « Assimi Goïta est responsable de tout cela, car c’est lui qui a fait venir Wagner au Mali », dénonce-t-il avec amertume.

Les civils maliens, souvent accusés de collaboration avec l’un ou l’autre camp, subissent régulièrement des représailles. Fin avril, trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé une plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pour dénoncer les exactions commises par l’armée malienne et ses alliés russes.

Un camp de Mbera sous tension : 120 000 réfugiés en quête de sécurité

À Mbera, l’un des plus grands camps de réfugiés de la région du Hodh Chargui, 120 000 Maliens tentent de survivre dans un environnement hostile. Ahmed*, 35 ans, originaire du Nord malien, confie son souhait de rentrer chez lui, mais seulement après la chute des militaires au pouvoir. « C’est à cause de Wagner si nous sommes ici aujourd’hui », explique-t-il. Les violences, qu’elles émanent des jihadistes, de l’armée malienne, des mercenaires ou des milices communautaires, ont poussé des milliers de familles à chercher refuge en Mauritanie. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 14 000 nouveaux arrivants, majoritairement des femmes et des enfants, ont franchi la frontière depuis octobre 2025, en raison des blocus imposés par le Jnim dans plusieurs localités maliennes.

Abdallah*, 77 ans, réfugié depuis des années, exprime ses réserves quant à l’alliance entre le FLA et le Jnim. « Je ne suis pas satisfait de la reprise de Kidal par le FLA », confie-t-il. Pour lui, cette collaboration est une erreur stratégique : « Le Jnim est un mouvement terroriste. Leurs objectifs ne correspondent pas à notre vision de l’islam, pacifique et modéré. »

La Mauritanie, un havre de stabilité menacé par l’afflux de réfugiés

Alors que la Mauritanie, pays désertique de 5,5 millions d’habitants, se distingue par sa stabilité relative dans une région du Sahel dévastée par les violences jihadistes, l’arrivée massive de réfugiés maliens exacerbe les tensions. Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, où 70 000 Maliens ont trouvé asile, alerte : « Les pâturages, les ressources en eau et les services de base, y compris la santé, sont sous pression. » Les combats récents au Mali laissent craindre une nouvelle vague d’exodes, alors que le HCR suit la situation « avec une inquiétude croissante ».

Tilleli*, 22 ans, mère d’une fillette d’un an, a fui son village de la région de Mopti après que des soldats et des Russes l’aient pillé et incendié. « Je ne rentrerai au Mali que lorsque les Wagner auront quitté le pays », déclare-t-elle. « L’espoir de paix est mince pour l’instant », ajoute-t-elle avec résignation.

La situation reste donc extrêmement incertaine. Le FLA a annoncé son intention de s’emparer des principales villes du Nord malien et promet la chute de la junte militaire. Pourtant, pour de nombreux réfugiés, le retour n’est envisageable qu’après le départ des paramilitaires russes, dont la présence a profondément marqué leur existence.