Le débat houleux sur la révision de la loi fondamentale en République démocratique du Congo s’est invité dans l’arène internationale. À l’occasion de la 62ᵉ session du Conseil des droits de l’homme à Genève, la question des réformes institutionnelles a fait l’objet d’une attention particulière lors de la présentation de l’état des lieux de la situation sécuritaire et civile dans l’est du pays.
Un impératif de dialogue et de respect des droits
Dans une déclaration marquante, Abdoul Aziz Thioye, représentant le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, a exprimé ses inquiétudes face au rétrécissement de l’espace démocratique en République démocratique du Congo. Évoquant les récentes mobilisations de l’opposition à Kinshasa, il a insisté sur la nécessité d’une approche inclusive pour toute modification de la charte nationale.
Selon lui, un tel processus ne peut aboutir sans un accord large entre les différentes forces vives de la nation. « Tout processus de réforme constitutionnelle doit reposer sur un consensus national et respecter les engagements du pays en matière de droits humains », a-t-il affirmé, soulignant que l’exclusion de certaines voix pourrait gravement fragiliser la stabilité sociale du pays.
Lutte contre l’impunité et soutien aux acteurs civils
Au-delà des enjeux politiques, le bilan de l’accompagnement international en matière de justice a été mis en avant. Malgré des défis logistiques et financiers, les efforts déployés pour renforcer l’état de droit ont permis d’aboutir à la condamnation de 109 individus impliqués dans des violations des droits fondamentaux. Ce travail de terrain s’est traduit par l’organisation d’enquêtes judiciaires et d’audiences foraines à travers le territoire.
Parallèlement, une assistance concrète a été fournie à 150 défenseurs des libertés, incluant des journalistes et leurs proches. Ce soutien se manifeste par une aide psychologique, financière et, dans certains cas, des mesures de relocalisation pour garantir leur sécurité face aux menaces.
Un paysage politique polarisé et un contexte sécuritaire critique
Actuellement, la République démocratique du Congo est scindée entre deux courants majeurs : la Coalition Article 64 (C64), qui milite pour la protection de l’ordre constitutionnel actuel, et la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4). Ces deux blocs revendiquent chacun la légitimité populaire dans un climat de tension croissante.
Cette effervescence politique se déroule alors que l’est de la République démocratique du Congo demeure en proie à une instabilité chronique. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu subissent les assauts répétés de groupes armés, notamment la rébellion de l’AFC/M23 et les terroristes des ADF. Alors que de vastes zones échappent encore au contrôle de l’État, les initiatives diplomatiques peinent à transformer les accords de principe en une paix durable sur le terrain.