Recensement au Cameroun : les failles dénoncées par la société civile

Le recensement Cameroun 2024, initialement prévu pour s’achever fin mai, a vu sa durée prolongée de deux mois supplémentaires. Cette décision, prise par le gouvernement camerounais, a cependant suscité une vague de critiques parmi les acteurs de la société civile. Ces derniers pointent du doigt des dysfonctionnements majeurs dans l’organisation de cette opération statistique, pourtant essentielle pour l’aménagement du territoire et les politiques publiques.

Philippe Nanga, coordonnateur de l’ONG Un Monde Avenir, a vivement critiqué la gestion chaotique du processus. Selon lui, l’exercice, qui devrait servir de base aux décisions nationales, est marqué par une cacophonie généralisée. Un exemple frappant illustre ces dysfonctionnements : à Douala, des agents recenseurs ont abandonné leur mission après seulement dix jours de travail, faute de percevoir leur salaire.

Un outil statistique crucial sous le feu des projecteurs

Le recensement représente bien plus qu’un simple dénombrement. Il détermine le découpage électoral, l’allocation des budgets aux collectivités locales et la planification des infrastructures essentielles comme les écoles ou les centres de santé. Pourtant, le Cameroun n’avait pas actualisé ses données démographiques depuis près de vingt ans, avec un dernier recensement officiel en 2005. L’enjeu de cette quatrième édition était donc colossal.

Les obstacles rencontrés depuis le lancement de l’opération sont nombreux : couverture incomplète des zones rurales, retards dans la livraison du matériel, formations insuffisantes des enquêteurs. Ces problèmes, couplés à une crise de paiement pour les agents de terrain, ont plongé le processus dans une impasse. La prolongation de deux mois, décidée par les autorités, reflète l’ampleur des défis à relever pour finaliser ce recensement.

La société civile en première ligne

Philippe Nanga et son association ne cherchent pas à discréditer l’opération, mais à exiger une meilleure transparence. La question centrale reste : les résultats obtenus dans ces conditions seront-ils fiables et acceptés par tous ? Au Cameroun, les controverses autour des chiffres officiels, qu’ils concernent la démographie ou les élections, sont fréquentes. Les ONG locales jouent un rôle clé dans le suivi de ces processus, veillant à ce que les normes méthodologiques soient respectées.

Les bailleurs internationaux, comme la Banque mondiale ou l’UNFPA, suivent également de près l’évolution du recensement. Une opération bâclée pourrait compromettre la crédibilité des données produites, alors que ces chiffres servent de référence pour les investissements et les partenariats internationaux.

Un défi partagé en Afrique francophone

Le cas camerounais n’est pas isolé. Plusieurs pays d’Afrique francophone font face à des difficultés similaires pour organiser des recensements exhaustifs. Budget serré, accès limité à certaines zones et défis sécuritaires compliquent ces opérations, déjà complexes. Le précédent recensement de 2005 au Cameroun avait lui aussi connu des reports avant la publication finale de ses résultats en 2010. Deux décennies plus tard, le pays peine toujours à mener à bien cette mission.

Les autorités camerounaises sont désormais sous pression pour clarifier leur méthode : paiement des agents, transparence des données intermédiaires et communication régulière sur l’avancement du processus. Sans ces garanties, le quatrième recensement risque de rester dans les mémoires pour ses échecs plutôt que pour ses contributions scientifiques.