RDC : comment la population fait face à la crise Ebola
Depuis plusieurs mois, le virus Ebola se propage dans les régions de Butembo et Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Face à cette 17e épidémie, les équipes médicales, notamment celles de Médecins Sans Frontières, tentent de concilier prise en charge des patients et réponse aux craintes de la population. Un nouveau centre de traitement a été ouvert à Butembo pour améliorer l’accès aux soins tout en renforçant la confiance des habitants.
La désinformation et la méfiance : des obstacles majeurs
La méfiance envers les acteurs médicaux reste profonde dans le Nord-Kivu, notamment en raison des traumatismes laissés par les précédentes épidémies. Les habitants, marqués par les deuils et les restrictions imposées, hésitent à se rendre dans les centres de santé. Certains accusent même les équipes médicales de propagande ou d’empoisonnement, alimentant des rumeurs persistantes.
« Les familles nous disent parfois de ne pas emmener nos proches au centre, car elles craignent que les médecins ne les rendent plus malades », explique une habitante dont le mari est atteint du virus. Le souvenir des dérives financières et des violences lors des crises passées, souvent qualifiées d’« Ebola business », aggrave cette méfiance.
Une propagation alarmante du virus
Selon les dernières données, Butembo et Beni comptabilisent respectivement 122 et 31 cas confirmés, avec un bilan de 77 et 20 décès. « Ces chiffres sous-estiment la réalité », alerte un épidémiologiste de MSF. Beaucoup de malades arrivent trop tard dans les structures de santé, ce qui limite les chances de survie et complique le travail des équipes.
Un centre d’isolement pour rétablir le lien familial
À Butembo, un nouveau centre d’isolement permet aux familles de rendre visite à leurs proches à travers une vitre. Cette initiative vise à concilier sécurité sanitaire et soutien psychologique pour les patients et leurs proches. Réhabilité par MSF, ce centre de 35 lits s’appuie sur des protocoles stricts pour éviter toute contamination.
« Voir ma sœur chaque jour, même à travers une vitre, me rassure », confie une parente. « L’objectif est de briser l’isolement tout en limitant la propagation du virus », précise un responsable logistique.
Impliquer les communautés pour une lutte efficace
Face à la crise, MSF mise sur l’implication des habitants. « Les communautés connaissent mieux que quiconque les réalités locales », souligne une cheffe de projet. Les équipes organisent des rencontres régulières avec les leaders religieux et communautaires pour adapter les interventions et sensibiliser les populations.
À Beni, 150 relais communautaires formés par MSF répondent aux interrogations des familles sur le virus et les mesures de prévention. Leur rôle est crucial pour convaincre la population de consulter rapidement en cas de symptômes.
Des centres de soins de proximité pour faciliter l’accès aux soins
Pour rapprocher les soins des patients, MSF soutient deux centres de santé locaux dans la région de Beni. Douze chambres d’observation ont déjà été aménagées, avec onze autres en construction. Ces espaces permettent d’isoler les cas suspects tout en maintenant un lien avec leurs proches, essentiel pour leur moral.
Un centre de soins de 26 lits est également en cours de finalisation près de l’hôpital de référence, renforçant ainsi la capacité de réponse locale.