Un nouveau concurrent se présente sur l’un des chantiers routiers les plus ambitieux d’afrique centrale. Le géant indien Ashoka Buildcon Limited a dévoilé sa candidature pour la réalisation du contournement de Yaoundé, un projet phare du Cameroun dont le coût s’élève à plus de 1 260 milliards de francs cfa, hors taxes. Lors d’une rencontre officielle tenue au ministère de l’Habitat et du Développement urbain, Vinit Chitale, responsable du développement commercial pour les marchés internationaux du groupe, a présenté une proposition intégrée englobant conception, construction et montage financier.
L’offre repose sur un modèle EPC (ingénierie, approvisionnement et construction), où le contractant unique prend en charge l’ensemble des phases du projet, depuis l’étude jusqu’à la livraison. Le groupe indien s’engage également à soutenir la mobilisation des fonds nécessaires, un atout majeur alors que le financement du projet reste en suspens.
Une infrastructure de 90 kilomètres pour fluidifier la circulation dans la capitale camerounaise
Ce contournement, long de 90,54 kilomètres en 2 × 2 voies, traversera les départements du Mfoundi, de la Lékié, de la Mefou-et-Afamba et de la Mefou-et-Akono. Son tracé, particulièrement large, permettra d’intégrer ultérieurement une voie express ou un système de transport collectif en site propre. Le projet se découpe en quatre sections distinctes, reliant Mbankomo à Nkolméyang, puis Nkozoa, Minkoameyos, avant de boucler la boucle à Mbankomo.
D’après les dernières estimations du ministère, la seule composante routière représente un budget de 794,7 milliards de francs cfa, hors taxes. À cela s’ajoutent 469 milliards pour la viabilisation de quatre pôles urbains situés à Mbankomo, Mfou, Soa et Okola. Le coût total atteint ainsi 1 263,7 milliards de francs cfa, hors taxes. À l’échelle kilométrique, l’investissement s’élève à près de 8,8 milliards de francs cfa par kilomètre pour la route seule, et jusqu’à environ 14 milliards lorsque les pôles urbains sont inclus. Un montant qui classe ce projet parmi les plus onéreux jamais engagés en Afrique centrale.
Le tronçon T3, un passage clé sous le feu des bailleurs européens
Face à l’impossibilité de lancer simultanément les quatre sections, le gouvernement camerounais a désigné le tronçon T3 comme priorité absolue. Ce corridor de 22,8 kilomètres relie Nkozoa, sur la route nationale n°1, à Minkoameyos, à la sortie de l’autoroute Yaoundé-Douala. Son rôle est crucial : il doit capter une part majeure du trafic de transit avant son arrivée dans la capitale, soulageant ainsi les axes centraux.
L’Union européenne et la Banque européenne d’investissement ont déjà exprimé un vif intérêt pour ce tronçon. Leur participation définitive dépend toutefois de la satisfaction de multiples exigences techniques, environnementales et sociales, notamment les indemnisations, les études d’impact et la validation du Plan d’action de réinstallation. C’est dans ce contexte que l’offre d’Ashoka Buildcon pourrait apporter une valeur ajoutée, en élargissant les options disponibles pour Yaoundé.
Plusieurs zones d’ombre subsistent encore. La forme juridique exacte du contrat, les modalités financières, les garanties demandées à l’État camerounais, ainsi que l’articulation entre le financement européen et l’apport indien sur les autres sections restent à préciser. Une combinaison associant fonds concessionnels européens et investissements indiens pourrait émerger.
Ashoka Buildcon, un acteur clé des infrastructures en Inde
Ashoka Buildcon Limited est l’un des leaders indiens dans le domaine des infrastructures routières. Le groupe intervient selon différents modèles, dont l’EPC, les partenariats public-privé, le BOT (construction-exploitation-transfert) et le Hybrid Annuity Model, une formule où l’État finance une partie de l’investissement tandis que l’opérateur couvre le reste en échange d’annuités. Le groupe est également présent dans les secteurs de l’énergie, du ferroviaire et du bâtiment.
Pour les autorités camerounaises, l’attrait d’un tel partenaire réside dans sa capacité à fédérer ingénierie, exécution et financement au sein d’une seule et même proposition. Rien ne garantit cependant que cette candidature aboutira. À ce stade, il s’agit davantage d’une déclaration d’intérêt pour un projet dont la maturité technique contraste avec le retard accumulé dans la finalisation du financement. Le passage de la théorie à la pratique constituera le véritable test pour Yaoundé. La recherche de partenaires se poursuit activement, et l’arrivée d’Ashoka Buildcon s’inscrit dans cette dynamique.