Pascal Tigri au Niger : les déclarations de l’inspecteur Habibou Oumarou qui bouleversent la donne régionale

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L’annonce, ce vendredi 23 octobre 2026 sur les écrans de la RTN, du témoignage de l’inspecteur nigérien Habibou Oumarou Mamane, alias Le Rebelle, a jeté un pavé dans la mare des spéculations autour de la localisation du colonel Pascal Tigri. Acteur-clé de la tentative de coup d’État béninoise du 7 décembre 2025, Tigri est désormais au cœur d’une polémique dont les répercussions pourraient ébranler les relations bilatérales entre le Bénin et le Niger. Mais quels sont les véritables enjeux de ces déclarations pour les citoyens, les économies et les acteurs politiques des deux pays ?

Un témoignage choc qui bouleverse le paysage diplomatique

Dans un récit détaillé diffusé en direct sur la chaîne publique nigérienne, l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane livre une version des faits qui, si elle est avérée, pourrait redéfinir les équilibres sécuritaires de la sous-région. Selon ses dires, il aurait été approché dès le 27 février 2026 pour localiser Pascal Tigri, avec pour objectif avoué de le « soustraire à la justice béninoise ». Entre promesses de rémunération, intermédiaires mystérieux et enveloppes en argent liquide, son témoignage dessine une toile d’achats d’influence et de démarches clandestines.

Parmi les éléments les plus frappants : une somme de deux millions de francs CFA remise le 9 mars 2026 au marché de Niamey, des promesses de passeports diplomatiques, ou encore des discussions à Malanville impliquant des acteurs aux identités floues. Ces déclarations, si elles sont confirmées, posent une question cruciale : dans quelle mesure ces agissements menacent-ils la stabilité déjà fragile du Sahel ?

Des allégations qui pèsent lourd sur l’économie régionale

Les tensions géopolitiques entre le Bénin et le Niger ne sont pas sans conséquences économiques. Les échanges commerciaux, déjà fragilisés par les crises sécuritaires récurrentes, pourraient subir un nouveau coup dur. Le trafic de marchandises entre les deux pays, vital pour les économies locales, risque d’être paralysé par des mesures de rétorsion ou une méfiance accrue des acteurs économiques.

Les entreprises béninoises, déjà impactées par la volatilité des relations diplomatiques, voient leurs projets d’investissement au Niger menacés. Quant aux investisseurs étrangers, ils pourraient reporter leurs décisions, craignant une escalade des tensions. À l’heure où les pays de la CEDEAO tentent de relancer leur croissance post-pandémie, cette affaire survient comme un frein supplémentaire.

Des incohérences qui soulèvent des doutes légitimes

Malgré l’apparente précision du témoignage, les failles sont nombreuses. L’inspecteur cite des noms et des rôles précis, mais aucun document officiel ne vient corroborer ses dires. Les sommes évoquées – cinq millions de francs CFA – n’ont pas été retrouvées dans les comptes bancaires des protagonistes présumés. De plus, l’emploi du terme « exfiltration » par le témoin ne suffit pas à prouver qu’une opération clandestine a été lancée par les autorités béninoises.

Ces lacunes alimentent les interrogations : s’agit-il d’un coup de communication pour discréditer le Niger, ou d’une tentative sincère de faire avancer l’enquête ? Sans éléments tangibles, la crédibilité des accusations reste en suspens.

Le rôle des médias dans une affaire aux enjeux géopolitiques

Le choix de diffuser ce témoignage sur une chaîne publique nigérienne interroge. Une médiatisation aussi soudaine et spectaculaire peut avoir plusieurs objectifs : sensibiliser l’opinion publique, relancer une enquête en sommeil, ou encore transmettre un message politique discret. Cependant, elle ouvre aussi la porte aux interprétations les plus diverses.

Dans un contexte où les relations entre Niamey et Cotonou sont déjà tendues, une telle démarche risque d’alimenter les rumeurs et de polariser davantage les débats. Les médias, lorsqu’ils traitent d’affaires aussi sensibles, ont une responsabilité accrue : celle de ne pas transformer des hypothèses en certitudes avant que les faits ne soient établis.

Que dit le droit international face à cette crise ?

Si la présence de Pascal Tigri au Niger était un jour confirmée, la situation relèverait non seulement de la coopération judiciaire, mais aussi des principes de souveraineté territoriale. Les autorités béninoises pourraient alors engager une demande d’extradition ou d’entraide judiciaire, conformément aux traités internationaux.

Cependant, cette affaire rappelle que les mécanismes de coopération entre États africains restent fragiles. Les délais administratifs, les divergences d’interprétation des lois et les réticences politiques peuvent bloquer des procédures pourtant essentielles. Dans ce cas précis, le temps joue contre la transparence : plus les spéculations durent, plus la vérité s’éloigne, au détriment des populations concernées.

Entre vérification et diplomatie : quelle issue pour cette crise ?

Pour que cette affaire ne dégénère pas en crise ouverte, deux pistes doivent être explorées sans délai. D’abord, une enquête approfondie et indépendante doit être menée pour vérifier chaque détail du témoignage. Les identités des intermédiaires, les flux financiers et le contexte des rencontres doivent être passés au crible.

Ensuite, un dialogue diplomatique discret mais ferme doit s’engager entre Niamey et Cotonou. Les canaux officiels, notamment ceux de la CEDEAO, pourraient offrir une médiation neutre pour éviter que cette affaire ne s’envenime davantage.

Enfin, les populations des deux pays, déjà éprouvées par l’insécurité et la précarité, appellent à des solutions rapides. Les dirigeants ont une responsabilité historique : celle de privilégier l’intérêt général et la stabilité régionale plutôt que des gains politiques éphémères.

Le sort des citoyens pris en étau

En attendant les résultats des enquêtes, ce sont des milliers de personnes qui subissent les conséquences indirectes de cette crise. Les commerçants transfrontaliers, les familles divisées, les étudiants nigériens au Bénin ou béninois au Niger voient leurs droits et leurs projets menacés. Dans une région où la mobilité est déjà restreinte par les groupes armés, cette affaire ajoute une couche de complexité insupportable.

Les dirigeants des deux pays doivent en prendre conscience : chaque jour perdu dans l’inaction ou les tergiversations aggrave la souffrance des populations. La transparence, même difficile, reste le seul remède à cette instabilité grandissante.

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Kadidja Zongo

Journaliste