Un coup d’État suivi d’un recul démocratique sans précédent
Le Niger commémore ce mois-ci trois années depuis le renversement du président élu Mohamed Bazoum par une junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Depuis ce 26 juillet 2023, le pays traverse une crise institutionnelle majeure, marquée par le démantèlement systématique des fondements de la démocratie. Les observateurs s’accordent sur un constat sévère : le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a progressivement instauré un régime autoritaire sous couvert de stabilité sécuritaire.
Une détention arbitraire devenue symbole de l’oppression
L’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, privés de liberté sans jugement depuis près de trois ans, incarnent aujourd’hui l’arbitraire du pouvoir en place. Malgré les condamnations internationales et les appels urgents des Nations Unies pour leur libération immédiate, les autorités militaires maintiennent une position inflexible. Cette situation s’étend à d’autres figures de l’opposition et de la société civile, dont Moussa Tiangari, défenseur des droits humains arrêté en décembre 2024. Ses avocats dénoncent une justice instrumentalisée, notamment après l’allongement rétroactif des délais de détention provisoire, passés de 12 mois à quatre ans dans les affaires de terrorisme.
Libertés publiques en voie de disparition
Les restrictions imposées par la junte ont profondément transformé le paysage politique et médiatique du Niger :
- Dissolution des structures politiques : Tous les partis et plusieurs syndicats ainsi que des ONG indépendantes ont été suspendus, privant la population de toute représentation organisée.
- Censure renforcée : Une loi révisée sur la cybercriminalité sert désormais de prétexte pour museler la presse. En octobre, six journalistes ont été interpellés à Niamey pour avoir relayé une simple invitation à une conférence de presse.
- Répression ciblée : La junte étend son contrôle jusqu’aux opposants en exil, comme en témoigne la déchéance de nationalité infligée à Mariama Djibrine, une figure de l’opposition sous-régionale.
Un virage sociétal et diplomatique controversé
Le régime militaire a franchi un seuil supplémentaire en durcissant le Code pénal, criminalisant les relations homosexuelles et les soutiens à la communauté LGBT+. Cette mesure, assortie de peines pouvant atteindre 20 ans de prison, a déjà provoqué des arrestations massives et perturbé des programmes sanitaires essentiels.
Sur le plan international, Niamey a choisi une voie de rupture en quittant la CEDEAO et en se retirant de la Cour pénale internationale (CPI) en juin. Une décision perçue comme un isolement croissant des citoyens nigériens, alors que la région de Tillabéri reste sous la menace constante des violences et des pertes civiles lors des opérations militaires.
Appel à l’action face à l’urgence humanitaire
Dans ce contexte de régression, les organisations de défense des droits humains pressent la communauté internationale de rompre avec une neutralité passive. Leur exigence est claire : exiger la libération des prisonniers politiques et la restauration d’un calendrier crédible pour un retour à l’ordre constitutionnel. Sans une intervention urgente, le risque est une détérioration durable des conditions de vie et des libertés au Niger.