Ministre de la Sécurité tchadien face aux défis de l’insécurité devant le Sénat

Le général Ali Ahmat Aghabache détaille les enjeux sécuritaires devant les représentants du peuple tchadien

Le ministre tchadien en charge de la Sécurité publique et de l’Immigration, le général Ali Ahmat Aghabache, a échangé ce jour avec les membres de la Chambre haute du pays sur les tensions persistantes dans plusieurs régions. Cette séance de travail, présidée par le Dr Haroun Kabadi, président du Sénat, a permis d’aborder les mécanismes de résolution des conflits intercommunautaires qui continuent de fragiliser la paix civile.

Le général Ali Ahmat Aghabache lors de son intervention devant le Sénat tchadien

Des violences récurrentes dans plusieurs provinces malgré les dispositifs sécuritaires déployés

Lors de cette rencontre avec les sénateurs, le président du Sénat, Dr Haroun Kabadi, a rappelé que malgré le renforcement des effectifs dans les zones sensibles comme le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat ou encore le Hadjar-Lamis, des incidents violents ont été recensés, entraînant des pertes humaines particulièrement en 2025. Un conflit entre éleveurs et agriculteurs a également éclaté en mai 2025 dans le Logone Occidental, avant qu’un accord ne soit trouvé deux mois plus tard.

Le général Ali Ahmat Aghabache a exprimé toute sa compassion aux familles des victimes, soulignant l’importance de ces échanges pour identifier des solutions durables face à cette insécurité récurrente.

Les racines profondes des tensions intercommunautaires au Tchad

Pour expliquer la persistance de ces violences, le ministre a identifié huit causes principales :

  • Les conflits liés aux ressources naturelles : Les affrontements entre agriculteurs et éleveurs s’intensifient pendant la saison des pluies, notamment dans l’est, le sud et le centre du pays, lorsque le bétail endommage les cultures. Ces tensions dégénèrent souvent en violences au lieu d’être résolues par le dialogue.
  • La rareté des terres et de l’eau : Les effets du changement climatique et la sécheresse dans le nord poussent les éleveurs vers le sud, où la pression sur les terres agricoles et pastorales s’accroît, alimentant les rivalités entre communautés.
  • L’absence de cadre juridique clair : L’absence de délimitations précises des couloirs de transhumance, des droits fonciers et des espaces agricoles crée un vide juridique propice aux litiges.
  • La croissance démographique : L’augmentation de la population exerce une pression accrue sur les ressources naturelles déjà limitées.
  • L’instrumentalisation politique des clivages ethniques : Certains acteurs exploitent les divisions tribales pour consolider leur influence, exacerbant les tensions locales.
  • La structure tribale de la société tchadienne : Avec plus de 200 groupes ethniques, la prédominance des appartenances communautaires affaiblit le sentiment national et la cohésion sociale.
  • L’impact des crises régionales : La circulation des armes légères en provenance des pays voisins aggrave l’intensité des conflits traditionnels, augmentant leur coût humain.
  • Les litiges fonciers et les frontières historiques : Ces différends ont causé la mort de 318 personnes et fait 315 blessés en 2025.

Des mesures concrètes mises en place pour endiguer l’insécurité

Face à ces défis, le ministre a présenté les actions menées par les forces de l’ordre entre 2024 et 2025 : plus de 4 000 armes saisies, plus de 1 300 bandits arrêtés et d’importantes quantités de substances illicites confisquées. Il a également évoqué la création de nouveaux commissariats, notamment à Abéché dans l’Ouaddaï, pour renforcer la présence sécuritaire sur le terrain.

Les sénateurs ont salué les efforts du gouvernement tout en insistant sur la nécessité de poursuivre les actions préventives, notamment par la sensibilisation à la cohésion sociale, impliquant les chefs traditionnels et les élus locaux. La question de la prolifération des armes légères et des enlèvements dans certaines provinces comme le Mayo-Kebbi Ouest ou le Lac a également été abordée lors de cette séance.