Mayo-tsanaga : le silence accablant de l’état face à la barbarie de boko haram

le mayo-tsanaga asphyxié par l’omerta des autorités face à boko haram

Dans l’extrême-nord du Cameroun, le département du Mayo-Tsanaga est devenu le théâtre d’une tragédie humanitaire silencieuse. Depuis plus d’une décennie, les attaques de Boko Haram y laissent des villages fantômes, des vies brisées et un État camerounais étrangement absent. Les assaillants, armés jusqu’aux dents, s’en prennent aux populations civiles avec une cruauté méthodique : incendies, enlèvements, violences sexuelles et pillages systématiques. Résultat ? Plus de cinquante localités abandonnées, des milliers de déplacés et une région au bord de l’effondrement.

des villages rayés de la carte, des vies réduites en cendres

Les premières incursions de la secte islamiste remontent à 2014, lorsque des combattants franchirent la frontière nigériane pour s’installer sur le mont Gossi, près de Tourou, à une trentaine de kilomètres de Mokolo. Depuis, le cycle infernal s’est répété sans relâche : Gossi, Tourou, Vizik, Ldamang et bien d’autres localités ont été méthodiquement vidées de leurs habitants. Selon les dernières estimations, une dizaine de villages ont été totalement désertés, tandis que sept autres subissent des raids quasi permanents. Les terroristes occupent désormais des zones comme Toufou 1 et 2, Roum ou Hitawa, où les survivants n’osent plus poser le pied.

Les témoignages des rescapés sont accablants. « Nous sommes des citoyens camerounais comme les autres, pourtant l’État nous ignore. Pourquoi nos élus et nos dirigeants ferment-ils les yeux sur notre calvaire ? » s’indignent les habitants de Tourou, où les grottes servent désormais d’abri nocturne pour échapper aux machettes des assaillants. Les familles, séparées dans la panique, errent sans repères, tandis que les enfants, privés d’école et de protection, sombrent dans le désespoir ou la délinquance.

un État camerounais en spectateur

Face à l’ampleur de la crise, les moyens déployés par les forces de l’ordre sont dérisoires. À Ldamang et Ldubam, lors de l’attaque du 18 juin 2026, seuls deux soldats étaient présents pour protéger des centaines de villageois. Leur impuissance est criante : comment résister à des groupes lourdement armés avec des machettes et des bâtons ? Les comités de vigilance, composés de civils, sont les seuls à tenir tête aux terroristes, au péril de leur vie.

Les promesses des autorités se résument à des « rencontres fraternelles » et des déclarations sans lendemain. Les ministres se sont succédé à Mokolo et Tourou, mais une fois les caméras éteintes, rien ne change. Les villages continuent de brûler, les familles de fuir, et l’État camerounais de détourner le regard. Les élites locales, pourtant influentes, se murent dans un silence complice, préférant les discours électoraux aux actes concrets.

un exode qui s’étend, une crise humanitaire sans fin

Le Mayo-Tsanaga n’est plus qu’un champ de ruines. Plus de 9 000 déplacés errent sans abri, et leur nombre ne cesse de croître. Rien qu’en juin 2026, 482 nouvelles personnes ont fui, abandonnant derrière elles leurs papiers d’identité, leurs terres et leurs moyens de subsistance. Certains ont parcouru plus de 200 kilomètres pour se réfugier dans des zones comme Kalfou, dans le département voisin du Mayo-Danay, transformant l’exode en une crise régionale.

Les conséquences sont dramatiques : l’agriculture s’effondre, les écoles ferment, et l’économie locale s’évapore. Les familles, séparées dans la précipitation, laissent derrière elles des enfants livrés à eux-mêmes, des adolescents sans avenir, et des jeunes filles privées de tout espoir. Le Mayo-Tsanaga se vide, et avec lui, une partie de l’âme du Cameroun.

jusqu’où ira l’indifférence ?

La question hante les rescapés : combien de villages devront encore être rayés de la carte avant que l’État camerounais ne réagisse ? Le silence des autorités est une sentence de mort pour des milliers de Camerounais. Si rien ne change, c’est une dépopulation irréversible qui attend ce département, et avec elle, la disparition d’un pan entier de l’histoire et de la culture locale. Le Mayo-Tsanaga mérite mieux qu’un enterrement à petit feu. Il mérite une réponse, immédiate et sans faille.