Dans la région de Ségou, au Mali, des opérations militaires menées début octobre 2025 auraient causé la mort d’au moins 31 civils, selon des témoignages recueillis sur place. Les forces armées maliennes et des milices alliées, notamment les dozos, sont pointées du doigt pour ces exactions.
Des attaques ciblées et des exécutions sommaires
Le 2 octobre, des soldats et des miliciens dozos ont pénétré dans le village de Kamona, à bord de véhicules blindés et de pick-ups. Les assaillants ont accusé les habitants de collaborer avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda. Résultat : au moins 21 hommes ont été exécutés sommairement, et une dizaine de maisons ont été incendiées. Les survivants ont confirmé que les victimes, toutes des hommes âgés de 20 à 65 ans, ont été criblées de balles avant d’être jetées dans deux fosses communes.
Le 13 octobre, une nouvelle opération a visé le village de Balle, situé à une cinquantaine de kilomètres de Kamona. Cette fois, neuf hommes et une femme ont été tués, et plus d’une centaine de têtes de bétail ont été volées. Les témoignages décrivent des scènes de violence extrême : des corps alignés, certains avec des membres brisés, gisant au milieu du village. Une femme de 55 ans aurait même été abattue après avoir interpellé les soldats sur leur comportement.
Des accusations corroborées par des preuves locales
Les habitants de Balle, sous le contrôle du GSIM depuis des années, ont expliqué payer une zakat aux groupes armés et régler leurs différends via leur justice. Pourtant, l’armée ne fait aucune distinction entre civils et combattants, traitant tous les villageois comme des cibles potentielles. Les soldats ont justifié leur intervention en évoquant une « reconnaissance offensive », affirmant avoir « neutralisé une vingtaine de terroristes ». Une version contestée par les témoins, qui n’ont signalé aucun affrontement.
Un contexte de tensions accrues dans le centre du Mali
Ces massacres surviennent alors que le GSIM intensifie ses attaques autour de Bamako, privant la capitale d’approvisionnement en carburant. En réponse, les autorités ont dû fermer temporairement les établissements scolaires, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Depuis 2012, le conflit au Mali a fait des milliers de morts et déplacé plus de 400 000 personnes. Les abus commis par les forces gouvernementales et les groupes armés islamistes se multiplient, malgré les engagements internationaux.
Des responsabilités à établir
Le droit international humanitaire interdit explicitement les attaques contre les civils et les exécutions sommaires. Pourtant, aucune enquête crédible n’a encore été menée pour faire la lumière sur ces événements. Bien que le Mali reste lié au Statut de Rome jusqu’en 2026, la Cour pénale internationale n’a pas encore réagi publiquement. Quant à l’Union africaine, son inaction persistante face à l’escalade de la violence interroge.
Ces massacres rappellent l’urgence d’une réponse coordonnée pour protéger les populations et traduire les responsables en justice.