Maroc : la régionalisation avance malgré les tensions sur le Sahara occidental

Abdelouafi Laftit, ministre de l'Intérieur du Maroc, lors d'une présentation à Rabat en avril 2025

Alors que les discussions autour du Sahara occidental s’enlisent, le Maroc poursuit son avancée sur le front de la régionalisation. Une stratégie qui vise à renforcer l’autonomie des territoires tout en consolidant la position du Royaume sur la scène internationale.

Un projet ambitieux pour moderniser l’administration locale

Dans un contexte marqué par des négociations bloquées depuis des années, Rabat mise sur la décentralisation pour dynamiser son modèle de gouvernance. Le gouvernement marocain a récemment présenté un nouveau texte législatif visant à octroyer davantage de prérogatives aux régions. Ce projet, porté par le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit, s’inscrit dans une logique de proximité avec les citoyens et d’efficacité administrative.

Parmi les mesures phares, on note l’élargissement des compétences des collectivités locales en matière de gestion des ressources, d’investissement et de politiques sociales. L’objectif ? Réduire les inégalités territoriales et accélérer le développement économique des zones les plus enclavées.

Les défis d’une transition vers plus d’autonomie

Si ce modèle séduit une partie de la classe politique, il suscite aussi des interrogations. Certains observateurs soulignent le risque de fragmentation administrative ou de conflits de compétences entre l’État central et les régions. Par ailleurs, la question du Sahara occidental reste un sujet de tension, notamment avec les pays voisins qui soutiennent le front Polisario.

Pour contourner ces obstacles, le Maroc mise sur une approche progressive, en associant les acteurs locaux à la mise en œuvre des réformes. Les premières consultations avec les élus et les représentants de la société civile ont déjà débuté, avec l’ambition d’aboutir à un cadre légal consensuel d’ici la fin de l’année.

Une stratégie pour affirmer la souveraineté marocaine

Au-delà des enjeux internes, ce projet de régionalisation s’inscrit dans une démarche plus large visant à renforcer l’influence du Maroc en Afrique. En octroyant plus d’autonomie à ses régions, le Royaume cherche à démontrer sa capacité à concilier stabilité et progrès, tout en consolidant son leadership sur le continent.

Des experts estiment que cette initiative pourrait aussi servir de levier dans les négociations en cours concernant le Sahara occidental. En renforçant son modèle de gouvernance, le Maroc entend afficher une image de modernité et de pragmatisme, en décalage avec les blocages persistants du dossier saharien.

Réactions et perspectives d’avenir

Les réactions à ce projet de loi sont contrastées. Si certains y voient une avancée majeure pour la démocratie locale, d’autres craignent une instrumentalisation politique. Le roi Mohammed VI a réaffirmé son soutien à cette réforme, insistant sur la nécessité de « bâtir un Maroc plus uni et plus fort ».

Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact réel de cette régionalisation. Si les résultats se confirment, le Maroc pourrait bien montrer la voie à d’autres pays de la région en matière de gouvernance territoriale.