Mali : une enquête internationale dénonce l’escalade des exactions contre les civils

L’escalade des affrontements au Mali : un bilan civil de plus en plus lourd

Un rapport d’investigation détaillé, rendu public ce lundi 29 juin 2026, dresse un constat alarmant de la dégradation sécuritaire au Mali. Depuis le basculement militaire survenu le 25 avril, les forces armées nationales, leurs partenaires d’Africa Corps et les groupes insurgés se trouvent emportés dans un cycle de violences extrêmes. Au-delà des pertes humaines directes, une stratégie d’étranglement économique délibérée plonge désormais les populations dans une détresse profonde.

Le basculement sécuritaire après la perte de Kidal

Le printemps 2026 restera comme une période de rupture tragique pour le pays. Le 25 avril dernier, une offensive coordonnée menée par les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et les séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) a conduit à la prise de la ville de Kidal. Cet événement majeur a été marqué par la disparition du ministre de la Défense, Sadio Camara.

En réaction, le pouvoir central a lancé une contre-offensive d’envergure. Les Forces armées maliennes (FAMa), opérant aux côtés des instructeurs russes d’Africa Corps, ont intensifié leurs opérations. Si le bilan officiel reste opaque, les investigations menées par Human Rights Watch font état d’au moins 13 civils tués et 25 blessés lors des premiers heurts dans les secteurs de Gao et Kidal.

L’asphyxie économique : une nouvelle tactique de terreur

Sur le terrain, le conflit a pris une dimension économique dévastatrice. Le Jnim a instauré de véritables blocus routiers pour isoler les centres urbains et affaiblir l’État. Les axes logistiques vitaux sont systématiquement visés.

Entre le 6 et le 21 mai, plus de 40 véhicules de transport de marchandises ont été interceptés et incendiés alors qu’ils tentaient de rejoindre la capitale. Plus grave encore, le ciblage récurrent des camions-citernes depuis septembre 2025 paralyse l’approvisionnement énergétique du pays. Cette situation entraîne des coupures d’électricité massives, la fermeture d’établissements scolaires et l’effondrement des marchés locaux. À Tonka, dans la région de Tombouctou, une exécution publique a même été perpétrée par les insurgés pour terroriser ceux qui tenteraient de s’opposer à ces mesures.

Des opérations militaires aux conséquences tragiques pour les civils

Parallèlement, les méthodes employées par l’alliance entre Bamako et ses alliés russes sont vivement critiquées pour leur impact sur les non-combattants. Des opérations de sécurisation menées dans le centre du pays ont donné lieu à de graves dérives, particulièrement au sein des communautés peules, souvent victimes d’amalgames.

Les données recueillies entre le 14 et le 17 mai révèlent que 38 civils, dont 23 mineurs, ont perdu la vie lors d’interventions au sol. Les frappes aériennes par drones ne sont pas en reste :

  • À Guimbé, le 25 avril, un bombardement a coûté la vie à 12 enfants.
  • À Téné, le 17 mai, une frappe a tragiquement touché une cérémonie de mariage, faisant 10 victimes civiles.

Une demande urgente de redevabilité et de justice

Interrogé sur ces méthodes, le commandement du Jnim a tenté de justifier ses actions en affirmant que les civils visés ne respectaient pas les règles imposées par le groupe. De son côté, le ministère de la Justice malien n’a apporté aucune réponse aux sollicitations concernant ces allégations d’exactions.

Face à ce climat d’impunité, Ilaria Allegrozzi, spécialiste de la région pour Human Rights Watch, souligne que l’absence de mécanismes de surveillance efficaces favorise la poursuite de ces crimes. L’organisation appelle désormais l’Union africaine et les Nations unies à instaurer en urgence une mission d’enquête internationale pour documenter ces violations du droit humanitaire et ouvrir la voie à des poursuites judiciaires.