Mali : les conséquences dramatiques d’une lutte antiterroriste sans droits humains

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La junte militaire malienne justifiait son coup d’État par la promesse d’une sécurité retrouvée et d’une souveraineté restaurée. Pourtant, trois ans plus tard, le bilan est terrifiant : entre les exactions des Forces armées maliennes, les méthodes brutales des supplétifs russes de l’Africa Corps, et l’abandon des conventions internationales, c’est toute une population qui paie le prix fort. Le droit humanitaire piétiné au nom d’une guerre sans merci contre le terrorisme transforme le centre et le nord du Mali en zones de non-droit, où les civils vivent sous la menace permanente d’exécutions arbitraires, de disparitions et de tortures.

Quelles sont les règles humanitaires ignorées sur le terrain ?

Le Mali a pourtant signé des engagements forts : les Conventions de Genève de 1965 et les Protocoles additionnels de 1989 imposaient une protection stricte des civils dans les conflits armés. Le droit humanitaire exige une distinction claire entre combattants et non-combattants, interdit les traitements humiliants et garantit le respect des détenus. Par le passé, l’armée malienne avait même intégré ces principes dans sa doctrine, avec des formations obligatoires dans les casernes. Mais sur le terrain, ces règles ne sont plus qu’un lointain souvenir. Les ordres transmis aux unités opérationnelles privilégient désormais des méthodes expéditives, où la violence remplace la stratégie.

Le retour en arrière des droits humains au Mali

Les violations ne sont plus des exceptions : elles s’inscrivent dans une logique systématique. Les rapports d’ONG internationales, comme Amnesty International et Human Rights Watch, documentent des exécutions sommaires, des villages rasés et des cas avérés de torture (comme les simulacres de noyade ou les décharges électriques). Les communautés les plus touchées sont principalement les Peuls, pris en étau entre la terreur des groupes armés et la répression étatique. Chaque semaine, de nouvelles familles pleurent leurs proches disparus ou exécutés sans procès.

L’impunité totale après le départ de la MINUSMA

En décembre 2023, la junte malienne a contraint la MINUSMA à quitter le pays, sous prétexte de souveraineté nationale. La conséquence ? Une accélération des violences. Sans observateurs internationaux sur le terrain, les mécanismes de contrôle ont disparu. Les ONG, contraintes de documenter les exactions à distance, peinent à faire entendre leur voix. Résultat : les signalements de crimes de guerre ont explosé, sans aucune conséquence pour leurs auteurs. L’impunité est devenue la règle, et la population malienne en subit les conséquences.

Pourquoi la justice nationale et internationale échoue à protéger les civils

Les portes de la justice se ferment une à une. D’un côté, la Cour pénale internationale (CPI) a vu son mandat restreint par les régimes sahéliens, limitant les possibilités de poursuites. De l’autre, la justice malienne, sous contrôle politique, ne peut offrir aucun recours crédible. Même les organisations régionales, comme l’Union africaine ou la CEDEAO, se contentent de déclarations timides, sans peser sur les choix militaires de Bamako. Les victimes des exactions restent sans voix.

L’autodestruction de la junte : quand la répression nourrit l’insurrection

La stratégie de la junte malienne repose sur un paradoxe tragique : pour éradiquer le terrorisme, elle détruit toute légitimité. En sacrifiant les droits humains au nom d’une « reconquête » sans limites, elle alimente la colère des populations et facilite les recrutements des groupes armés. Chaque exaction commis par l’État devient un argument pour les jihadistes, qui promettent « justice et vengeance ». Résultat ? Une spirale de violence qui condamne le Mali à l’instabilité durable. Un État qui trahit son peuple perd le droit de le protéger.

Que peut-on attendre pour l’avenir ?

Sans changement profond dans les méthodes militaires, sans retour des mécanismes de contrôle international, et sans une justice indépendante, le Mali semble condamné à s’enfoncer dans une crise humanitaire sans précédent. Les populations, épuisées et désillusionnées, n’ont plus confiance dans les promesses de la junte. La pire des ironies ? C’est en piétinant les droits humains que le pouvoir malien saperait sa propre survie.

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Boureima Ouédraogo

Journaliste