Le renforcement des échanges commerciaux avec le reste du continent s’établit désormais comme une priorité absolue pour la stratégie économique du Gabon. Lors du Conseil des ministres tenu le 25 juin à Libreville, le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a formellement instruit son équipe gouvernementale d’accélérer le déploiement de cette politique. Cette orientation est perçue comme un levier indispensable pour sortir le pays de sa dépendance aux ressources extractives.
Loin d’être une simple déclaration de principe, cette injonction présidentielle s’accompagne d’une exigence de résultats quantifiables et d’un agenda serré. Pour le Gabon, dont les exportations reposent massivement sur le pétrole, le bois et le manganèse, l’objectif est de conquérir de nouvelles parts de marché au sein de l’espace continental. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), opérationnelle depuis trois ans, offre le cadre juridique nécessaire, mais nécessite une adaptation rapide de l’appareil administratif national.
Une pression accrue sur l’exécutif pour des résultats rapides
Le chef de l’État a clairement manifesté son impatience face à la lenteur de certains chantiers. Les ministères de l’Économie, du Commerce, des Transports et des Affaires étrangères sont désormais en première ligne pour transformer ces directives en réalités économiques. Depuis le changement de régime d’août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema impose une culture de la performance où chaque membre du gouvernement doit rendre des comptes sur des indicateurs précis.
Plusieurs axes de travail ont été identifiés pour fluidifier les échanges. Il s’agit notamment de simplifier les procédures douanières, de supprimer les obstacles non tarifaires et de moderniser les réseaux logistiques. L’enjeu est aussi industriel : les entreprises gabonaises doivent accroître leur compétitivité et respecter les standards de qualité internationaux pour s’imposer sur les marchés d’Afrique centrale, de l’Ouest et australe.
Le commerce régional comme pilier de la souveraineté nationale
Cette volonté de dynamiser le commerce intra-africain s’inscrit dans une vision géoéconomique globale. Pour Libreville, l’intégration continentale est un rempart contre l’instabilité des prix mondiaux des matières premières. Actuellement, les échanges entre pays africains ne représentent qu’environ 15 % du commerce total du continent, un chiffre dérisoire face aux 60 % observés en Europe ou en Asie. Combler ce fossé est l’un des piliers de la stratégie de souveraineté portée par la Transition.
Au-delà des chiffres, cette démarche renforce le leadership diplomatique du Gabon. En s’impliquant activement dans l’intégration régionale, notamment au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le pays soigne son image à l’international et prépare son positionnement économique pour l’après-transition.
Des obstacles structurels encore présents
Malgré cette volonté politique affichée, le chemin reste semé d’embûches. Le manque d’infrastructures de transport transfrontalières, les coûts énergétiques élevés et une bureaucratie parfois rigide freinent encore les ambitions des exportateurs locaux. De nombreux opérateurs économiques soulignent la difficulté d’accéder concrètement aux marchés des pays voisins malgré les accords existants.
Pour réussir ce pari, le gouvernement devra impérativement collaborer avec le secteur privé. Les chambres de commerce et les organisations patronales attendent une feuille de route claire qui permette de transformer les intentions politiques en opportunités d’affaires concrètes. La capacité de l’exécutif à lever ces verrous dans les mois à venir sera un test majeur pour la réussite de la transition économique gabonaise.