Libreville digitalise les taxes du marché Mont-Bouët pour booster ses recettes

La ville de Libreville franchit une étape décisive dans la modernisation de sa fiscalité locale avec l’instauration du paiement mobile des taxes au marché Mont-Bouët. Ce vaste marché, épicentre du commerce informel gabonais, devient ainsi le premier site municipal à adopter ce système innovant. L’initiative, portée par la mairie, vise à sécuriser les recettes communales tout en simplifiant les démarches pour les commerçants, qui peuvent désormais régler leurs obligations fiscales en quelques clics.

L’adoption du mobile money marque un tournant dans la gestion des finances locales. Jusqu’à présent, les transactions s’effectuaient manuellement, exposant la collectivité à des risques de pertes, de fraudes ou de contestations sur les quittances. Grâce à la traçabilité instantanée offerte par cette solution numérique, chaque paiement est enregistré en temps réel, limitant ainsi les marges de manœuvre pour les malversations.

Mont-Bouët, un chantier pilote pour la fiscalité gabonaise

Le marché Mont-Bouët, véritable poumon économique de Libreville, rassemble des milliers de vendeurs et génère des flux financiers colossaux. Pourtant, ces ressources échappaient partiellement à l’administration municipale en raison de pratiques informelles persistantes. La digitalisation du recouvrement permet désormais de capter ces revenus de manière exhaustive, tout en offrant aux commerçants un outil adapté à leur quotidien.

Pour les autorités locales, cette réforme dépasse la simple optimisation administrative. Les recettes fiscales collectées permettent de financer des services essentiels tels que l’entretien des infrastructures, la salubrité publique ou encore les dispositifs d’aide aux populations. En s’alignant sur des modèles éprouvés dans d’autres capitales africaines comme Abidjan, Dakar ou Kigali, Libreville s’inscrit dans une dynamique régionale visant à renforcer l’efficacité de ses administrations.

Un levier contre les fuites budgétaires et pour la transparence

Dans un contexte marqué par la transition politique au Gabon, la crédibilité des institutions publiques repose en partie sur leur capacité à collecter et redistribuer équitablement les ressources. Le paiement mobile des taxes répond directement à ce défi en éliminant les intermédiaires physiques, souvent sources de détournements. De plus, chaque transaction génère un justificatif numérique, facilitant les échanges entre commerçants et administration.

Le dispositif s’appuie sur les infrastructures existantes des opérateurs télécoms gabonais, tels qu’Airtel Money et Moov Money, qui ont largement démocratisé l’usage de la monnaie électronique. Cette technologie, déjà adoptée par une partie de la population, offre un terreau fertile pour la généralisation de ce mode de paiement. Les commerçants du marché Mont-Bouët peuvent ainsi régler leurs taxes journalières ou mensuelles directement depuis leur téléphone, sans dépendre d’un agent collecteur.

Les défis d’une adoption réussie

Plusieurs critères seront déterminants pour l’avenir de cette réforme. L’adhésion des commerçants, dont certains privilégient encore l’argent liquide pour des raisons pratiques ou culturelles, constituera un premier test. La fiabilité technique du système, incluant la stabilité des réseaux et la clarté des reçus électroniques, sera également scrutée de près. Enfin, l’intégration de ces nouveaux flux dans une comptabilité municipale consolidée conditionnera l’impact réel de l’opération.

Si les résultats s’avèrent concluants, l’expérience pourrait être étendue à d’autres marchés de Libreville, voire à d’autres communes du pays. Cette approche progressive rappelle celle adoptée par plusieurs villes africaines, qui ont commencé par des sites pilotes avant de généraliser le paiement digital à l’ensemble de leurs recettes. Pour la capitale gabonaise, ce projet représente une opportunité de concilier innovation numérique et rigueur budgétaire.

Cette initiative s’inscrit également dans une logique plus large impulsée par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). L’organisation promeut depuis plusieurs années l’essor de la monnaie électronique afin de réduire la dépendance au cash et d’élargir l’assiette fiscale. En testant ce système, Libreville contribue à cet objectif régional, tout en renforçant sa propre autonomie financière.