Liberté d’expression : le cinéaste marocain El Mahdi Lyoubi doit être libéré sans délai

liberté d’expression : le cinéaste marocain El Mahdi Lyoubi doit être libéré sans délai

28/07/2026
Lettre ouverte
Maroc
en fr
  • Défenseurs des droits humains

Depuis le 13 juillet 2026, le cinéaste et musicien marocain El Mahdi Lyoubi est détenu sans que les raisons de son arrestation n’aient été officiellement divulguées. Son cas illustre les menaces grandissantes pesant sur la liberté d’expression et la création artistique au Maroc, déclenchant une mobilisation internationale en sa faveur.

Un artiste engagé, entre cinéma et musique

Né en 1992 à Salé, El Mahdi Lyoubi a bâti une carrière remarquable dans les domaines du cinéma et de la musique. Formé à la prestigieuse Fémis, il s’est imposé comme réalisateur grâce à son court métrage documentaire Marseille, 14 juillet, sélectionné dans des festivals internationaux majeurs tels que New Directors-New Films (MoMA, New York), Sheffield DocFest ou encore le Festival de Thessalonique. Actuellement, il travaille sur son premier long métrage documentaire, un projet soutenu en 2025 par le Fonds arabe pour les arts et la culture (Afac). Sur la scène musicale, il se produit sous le nom de Mehdi Black Wind. Depuis les années 2010, ses créations abordent des thèmes comme la justice sociale et la liberté d’expression. En septembre 2025, il a marqué l’histoire en se produisant devant plus de 50 000 spectateurs au festival L’Boulevard à Casablanca.

Le 10 juillet 2026, alors qu’il s’apprêtait à retourner à Marseille après un séjour familial et des repérages pour son prochain film, El Mahdi Lyoubi a été informé en salle d’embarquement de l’aéroport de Rabat-Salé qu’une mesure d’interdiction de quitter le territoire le concernait. Aucune justification ne lui a été fournie.

Empêché d’embarquer, il a été conduit au commissariat de Salé, où les autorités n’ont pas davantage éclairé sa situation. Une convocation lui a été remise pour le 13 juillet 2026 à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca. Après une audition prolongée, il a été placé en garde à vue le soir même. Ses proches n’ont été informés de son arrestation que de manière tardive et informelle, évoquant des publications sur les réseaux sociaux sans autres détails. Son passage devant le procureur était initialement prévu le 15 juillet.

Présenté à un juge, il a été incarcéré à la maison d’arrêt d’Oukacha dans l’attente d’une audience prévue le 22 juillet. Cette procédure se déroule alors que les avocats du royaume sont en grève, l’empêchant d’accéder à une assistance juridique. À ce jour, ses avocates n’ont pu ni le rencontrer ni consulter son dossier. Sa famille se voit également refuser tout contact avec lui.

Une répression croissante des voix artistiques

L’arrestation d’El Mahdi Lyoubi s’inscrit dans une série d’actions judiciaires récentes ciblant des artistes au Maroc. Depuis l’automne 2025, plusieurs créateurs ont été poursuivis ou condamnés pour le contenu de leurs œuvres ou de leurs prises de parole. Le rappeur Pause Flow a été arrêté en novembre 2025 et condamné à trois mois de prison avec sursis pour outrage à un corps constitué, une peine confirmée en appel en juin 2026. Hamza Raid a écopé de six mois de prison avec sursis, tandis qu’en mars 2026, Souhaib Qabli, 20 ans, a été condamné à huit mois de prison ferme pour des chefs similaires. En février 2026, la distributrice de cinéma Zineb Kharroubi a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour incitation à commettre des délits en ligne.

Ces affaires, bien que distinctes, révèlent une tendance inquiétante : la criminalisation accrue de l’expression artistique. Pourtant, l’article 25 de la Constitution marocaine consacre la liberté de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. C’est au nom de ce principe fondamental, ainsi que des engagements internationaux du Maroc, que des voix s’élèvent pour dénoncer cette dérive.

Ces événements surviennent dans un contexte de contestation sociale intense, marqué depuis l’automne 2025 par le mouvement GenZ 212. Portant des revendications liées à l’accès à la santé, à l’éducation, à la lutte contre la corruption et à la liberté d’expression, ce mouvement a trouvé un écho particulier sur les réseaux sociaux.

Convaincus que la liberté de création et d’expression est indispensable à la vitalité culturelle et démocratique, les signataires de cette lettre exigent des autorités marocaines qu’elles :

  • Garantissent à El Mahdi Lyoubi le respect intégral de ses droits procéduraux, conformément à la Constitution marocaine, aux lois nationales et aux engagements internationaux du royaume, notamment le droit à une défense pleine et entière ;
  • Réexaminent sans délai les mesures restrictives prises à son encontre afin de s’assurer qu’elles reposent sur une base légale claire, qu’elles répondent à un objectif légitime et qu’elles respectent les principes de nécessité et de proportionnalité ;
  • Veillent à ce que cette affaire soit traitée dans le strict respect des garanties d’un procès équitable et des obligations constitutionnelles et internationales du Maroc en matière de droits humains et de libertés fondamentales ;
  • Créent un environnement propice à l’exercice libre des activités artistiques et culturelles, permettant aux créateurs de participer pleinement au débat public dans le respect des libertés, du pluralisme et de la diversité des expressions ;
  • Libèrent immédiatement et sans condition El Mahdi Lyoubi.

Nous suivons de près l’évolution de cette situation et restons ouverts à tout échange constructif avec les autorités compétentes.

Agir

  • Co-signataires

    Association marocaine des droits humains
    Avocats sans frontières
    Festival Visions du Réel
    Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains
    La Fémis
    Lincoln Center for the Performing Arts
    Ligue des Droits de l’homme
    Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains
    Syndicat de la magistrature
    The International Coalition for Filmmakers at Risk

    Personnalités publiques :

    Adele Haenel
    Aïssa Maïga
    Alice Diop
    Annie Ernaux
    Bachar Mar-Khalifé
    Clément Cogitore
    Edouard Louis
    Fatna El Bouih
    Françoise Vergès
    Geoffroy de Lagasnerie
    Georges Didi-Huberman
    Guillaume Cailleau
    Judith Lévy
    Leaticia Dosch
    Lina Soualem
    Louis Arène
    Maguy Marin
    Mati Diop
    Milo Rau
    Montassir Sakhi
    Pinar Selek
    Robert Guédiguian
    Tiago Rodrigues
    Virginie Despentes

  • Organisations membres – Maroc
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    Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM)
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    Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)
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    Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH)