Les États-Unis ont salué avec enthousiasme le retrait simultané du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale (CPI). Ces trois pays, membres fondateurs de l’Alliance des États du Sahel (AES) depuis 2023, ont officialisé leur départ de la juridiction internationale basée à La Haye. Pour Washington, cette décision s’inscrit dans une logique politique cohérente avec sa propre méfiance historique envers cette institution.
Une alliance surprenante entre les États-Unis et les régimes de transition sahéliens
Cette convergence d’intérêts peut sembler inattendue. Depuis les changements politiques majeurs à Bamako, Ouagadougou et Niamey, les nouvelles autorités ont rompu avec leurs partenaires traditionnels, notamment la France, en prenant des mesures symboliques fortes. Le rapprochement avec Moscou, l’expulsion des forces militaires françaises et la révision des accords de coopération sécuritaire avaient laissé penser à un virage géopolitique radical. Pourtant, le soutien américain à ce retrait de la CPI apporte une nuance majeure, révélant que les relations entre Washington et le Sahel restent marquées par des dynamiques complexes.
Les États-Unis n’ont jamais adhéré au Statut de Rome, fondement juridique de la CPI adopté en 1998. Sous différentes administrations, ils ont toujours craint que la juridiction puisse cibler leurs citoyens, en particulier leurs militaires, au travers de poursuites jugées partiales. Cette position s’est renforcée ces dernières années, avec l’adoption de sanctions contre certains juges de la Cour. En encourageant cette initiative, la diplomatie américaine renforce une doctrine ancienne tout en offrant une légitimité internationale aux gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
La CPI sous pression face à une opposition africaine croissante
Le départ de ces trois pays s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation de la CPI, particulièrement en Afrique. Depuis plusieurs années, de nombreux pays dénoncent une justice inéquitable, accusant la Cour de se focaliser de manière disproportionnée sur des dirigeants africains. Le Burundi avait déjà franchi le pas en 2017, tandis que d’autres États ont à plusieurs reprises menacé de quitter la juridiction. L’initiative de l’AES lui confère une dimension politique nouvelle, portée par des régimes issus de coups d’État et confrontés à des défis sécuritaires majeurs.
Pour les dirigeants sahéliens, l’argument central repose sur la souveraineté nationale. Ils considèrent la CPI comme un outil extérieur, incapable de comprendre les réalités locales et susceptible de perturber les opérations militaires contre le terrorisme. Ces trois pays subissent depuis plus de dix ans la montée en puissance de groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, avec des conséquences dramatiques sur les populations. En quittant la Cour, ils cherchent également à éviter toute enquête future sur leurs propres actions militaires ou celles de leurs alliés étrangers.
Un tournant stratégique pour la justice internationale
Le retrait conjoint de trois États d’une même région constitue un précédent lourd de conséquences. Il interroge la capacité de la CPI à maintenir son influence dans une zone où les violations du droit international humanitaire sont documentées. Les rapports d’organisations comme Human Rights Watch et Amnesty International ont régulièrement pointé des exactions attribuées à divers acteurs, aussi bien étatiques que non étatiques, dans l’ensemble du Sahel.
Le soutien américain à cette décision pourrait également modifier les équilibres diplomatiques en Afrique. Il ouvre la voie à une collaboration plus pragmatique entre Washington et les régimes de transition, souvent marginalisés par les normes européennes. Il reste à déterminer les contreparties de ce rapprochement. Les États-Unis conservent des intérêts stratégiques dans la région, notamment dans la lutte contre le terrorisme et le contrôle des flux migratoires. Un réchauffement, même limité, avec l’AES servirait ces priorités, sans pour autant s’aligner sur les positions européennes.
Pour la CPI, cette série de revers affaiblit davantage son autorité morale. Déjà critiquée pour la lenteur de ses procédures et le faible nombre de condamnations depuis sa création, la juridiction doit désormais faire face à une coalition sahélienne assumée et à un allié américain qui valide publiquement cette rupture.