le président faye écarte ousmane sonko de la primature du Sénégal
Une décision historique secoue le paysage politique sénégalais : le président Bassirou Diomaye Faye a destitué vendredi soir Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre. Cette mesure intervient après des mois de tensions croissantes entre les deux figures centrales du pouvoir.
Dans un communiqué solennel diffusé à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence Oumar Samba Ba, le chef de l’État a annoncé avoir « mis fin aux fonctions de monsieur Ousmane Sonko en tant que Premier ministre », ainsi qu’à celles de l’ensemble des membres du gouvernement. Il a précisé que les ministres et secrétaires d’État sortant sont désormais chargés d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’une nouvelle équipe.
À ce stade, aucune indication n’a été donnée quant à la désignation d’un successeur pour diriger le gouvernement. Cette annonce marque un tournant dans la dynamique politique du pays, où les relations entre le président Faye et son ancien mentor, devenu Premier ministre, se sont fortement dégradées depuis l’arrivée au pouvoir du duo en avril 2024.
Le président Faye a justifié cette décision en soulignant la nécessité de clarifier les responsabilités au sein de l’exécutif. Les observateurs notent que cette rupture intervient dans un contexte où les divergences entre les deux hommes, autrefois alliés indéfectibles, sont devenues insurmontables.
Ousmane Sonko, figure charismatique du Pastef, a longtemps été considéré comme l’artisan de la victoire électorale de Bassirou Diomaye Faye. Condamné pour diffamation en 2023, il avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024. Sonko avait alors proposé la candidature de Faye, qui a remporté le scrutin sous le slogan « Diomaye c’est Sonko », symbolisant leur alliance indissoluble.
Un mouvement populaire à l’origine du duo
À l’approche de l’élection de 2024, Ousmane Sonko avait su mobiliser la jeunesse sénégalaise, souvent désillusionnée, en promouvant un discours panafricaniste et anti-système. Son engagement contre le troisième mandat de Macky Sall, marqué par des répressions violentes des manifestations, avait renforcé son image de leader combatif.
Après leur libération grâce à une loi d’amnistie, les deux hommes avaient incarné l’espoir d’une nouvelle ère politique. Leur victoire électorale, obtenue sous la bannière « Diomaye Moy Sonko », avait suscité un engouement sans précédent parmi les citoyens.
Cependant, depuis leur accession au pouvoir, les tensions se sont multipliées. Le chef de l’État avait récemment critiqué la « personnalisation excessive » de Sonko au sein du parti au pouvoir, rappelant dans une interview : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre. »
Réactions et enjeux politiques
Dès l’annonce du limogeage, des centaines de partisans de Sonko se sont rassemblés devant son domicile à la cité Keur Gorgui à Dakar pour le soutenir. Le leader du Pastef a réagi sur les réseaux sociaux en déclarant : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger. »
Cette décision survient alors que le parti de Sonko, le Pastef, domine largement l’Assemblée nationale depuis les élections législatives de novembre 2024. Récemment, le Parlement avait ouvert la voie à une candidature de Sonko pour la présidentielle de 2029 en adoptant une réforme du code électoral, une initiative dénoncée par l’opposition comme un favoritisme envers le Premier ministre.
La Cour suprême avait rejeté en juillet 2025 un recours de Sonko contre sa condamnation, relançant le débat sur son éligibilité. Bien qu’il ait été élu député aux législatives de novembre 2024, il avait renoncé à son mandat pour conserver son poste de Premier ministre, une position qui, selon son parti, garantit sa validité pour une future candidature.
Parallèlement, Bassirou Diomaye Faye, dont l’engouement populaire est moins marqué que celui de Sonko, tente de consolider son propre leadership. Depuis plusieurs mois, il bénéficie du mouvement « Diomaye Président », laissant entrevoir une éventuelle candidature pour 2029.
Les deux dirigeants héritent d’une situation économique complexe, avec une dette publique équivalente à 132 % du PIB selon le Fonds monétaire international (FMI), faisant du Sénégal l’un des pays les plus endettés d’Afrique subsaharienne. Leur gouvernement a accusé l’administration précédente d’avoir dissimulé la réalité de cette situation, entraînant la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars par le FMI.