Le Gabon s’engage dans la souveraineté alimentaire

Libreville, Mercredi 8 Juillet 2026 – Le Gabon est sur le point d’initier une des transformations agricoles les plus audacieuses de son histoire récente. Dès le 1er janvier 2027, l’importation de poulet de chair sera officiellement proscrite, marquant un virage décisif dans la stratégie nationale de souveraineté alimentaire, pilotée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Ayant longtemps reposé sur les marchés étrangers pour l’approvisionnement de sa population, le pays opte désormais pour une rupture économique assumée. L’objectif est clair dans son principe, mais colossal dans sa réalisation : produire localement ce qui est aujourd’hui massivement importé et convertir une dépense extérieure en un puissant moteur de croissance nationale.

La cinquième réunion du comité technique en charge du suivi de cette réforme, présidée cette semaine par le secrétaire général du gouvernement Abdu Razzaq Guy Kambogo, témoigne de l’accélération des préparatifs et de la détermination des autorités à respecter le calendrier établi.

Une stratégie économique globale

La consommation de viande de volaille représente actuellement l’un des postes majeurs des importations alimentaires africaines. Pour de nombreux pays du continent, le poulet congelé importé est devenu le symbole d’une dépendance structurelle qui fragilise les économies locales, anéantit les filières agricoles nationales et expose les consommateurs aux fluctuations des marchés internationaux.

Le Gabon entend désormais inverser cette logique. L’interdiction programmée des importations vise à stimuler la production nationale, à sécuriser les approvisionnements alimentaires et à retenir sur le territoire des centaines de milliards de francs CFA qui alimentent aujourd’hui les industries avicoles étrangères.

Cette stratégie s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs pays africains qui cherchent à reconquérir leur souveraineté alimentaire après les perturbations mondiales engendrées par les crises sanitaires, les conflits internationaux et les tensions logistiques. L’alimentation est devenue un enjeu de sécurité nationale autant qu’un sujet économique primordial.

Bâtir une filière robuste avant la fermeture des frontières

La réussite de cette réforme dépendra toutefois d’une équation simple mais impitoyable : interdire les importations sans disposer d’une offre locale suffisante reviendrait à provoquer pénuries et inflation. C’est précisément pour éviter ce scénario que les autorités gabonaises intensifient les investissements préparatoires.

Le Plan Opérationnel d’Urgence de la Filière Avicole prévoit déjà l’aménagement de plusieurs sites de production à travers le pays avec l’appui du Génie militaire. Les sites de Nzamaligué et de Ntoum-Tchad ont été sécurisés, tandis que les plaines agricoles d’Ayémé et du Woleu-Ntem devraient produire à terme près de cinq mille tonnes annuelles de poulet de chair. Le développement parallèle des cultures de maïs et de soja constitue également un élément central du dispositif, puisque l’alimentation animale représente l’un des principaux coûts de production de la filière avicole.

L’énergie fait également partie de la stratégie avec l’installation prévue de kits solaires sur les futurs sites industriels. Le défi de l’accès à l’eau demeure en revanche l’un des principaux obstacles techniques qui nécessitera la réalisation de nombreux forages.

Trois millions de poussins : un levier pour le nouveau modèle

La décision la plus symbolique de cette montée en puissance reste sans doute la commande de trois millions de poussins d’un jour annoncée pour les prochaines semaines. Une première livraison de plus de 262 000 poussins est attendue dès septembre prochain, avant une montée progressive des approvisionnements jusqu’à la fin de l’année.

Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur du chantier engagé. Au-delà du simple élevage, le Gabon cherche en réalité à bâtir un véritable écosystème industriel associant production agricole, logistique, alimentation animale, transformation, distribution et création massive d’emplois.

Le projet pourrait devenir l’un des premiers grands laboratoires de réindustrialisation agricole d’Afrique centrale. Reste désormais la question décisive de l’exécution. Les difficultés de financement, les contraintes foncières, les infrastructures routières encore insuffisantes et les défis logistiques pourraient ralentir cette ambition. Mais le choix politique est désormais assumé. Le Gabon ne veut plus seulement importer sa nourriture.

Il veut produire sa sécurité alimentaire, créer sa richesse agricole et reprendre le contrôle d’une partie essentielle de sa souveraineté économique. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement deviennent chaque année plus fragiles, ce pari pourrait bien apparaître demain non comme une exception, mais comme une nécessité pour de nombreux pays africains.