Le fardeau des morgues au Cameroun : des dizaines de corps abandonnés mettent les hôpitaux sous pression

Les établissements hospitaliers des principales agglomérations camerounaises font face à un défi récurrent : l’accumulation de dizaines de dépouilles mortelles non réclamées, compliquant la gestion des infrastructures et générant de multiples risques.

Des dépouilles mortelles peuvent demeurer des semaines, voire des mois, dans les cellules réfrigérées des hôpitaux, sans qu’aucune famille ne se manifeste. Ce phénomène persistant, observé à Douala, Yaoundé et Bafoussam, constitue une problématique majeure. Récemment, le 7 juillet, la direction de l’Hôpital Général de Yaoundé a alerté sur la présence de 80 corps non réclamés dans sa morgue, dont certains sont identifiés et d’autres non.

Ces défunts, dont l’origine géographique est diverse, ont été acheminés vers l’établissement par des unités de gendarmerie, des équipes hospitalières, des services municipaux ou des postes de police. La direction de l’hôpital exhorte les proches à se présenter pour l’identification des personnes figurant sur la liste. Sans cette démarche, les dépouilles seront confiées à la Communauté urbaine de Yaoundé pour une inhumation collective.

Cette problématique ne se limite pas à la morgue de l’Hôpital Central de Yaoundé. Dans la région de l’Ouest, à Bafoussam, les autorités ont déjà procédé, le 16 avril 2025, à l’inhumation de 42 corps non identifiés dans une fosse commune. Cette action faisait suite à un dernier appel de l’Hôpital Régional de Bafoussam, accordant un délai de dix jours aux familles pour reconnaître et récupérer 28 de ces dépouilles, certaines ayant passé près de sept ans en conservation.

Le Docteur Jean-Marie Ndjip, directeur de l’établissement, avait alors souligné la capacité limitée de la morgue. Les coupures d’électricité régulières aggravaient la situation, rendant les odeurs intolérables et le service difficilement praticable. Il était impératif, selon lui, de désengorger l’hôpital. Ses propos mettent en lumière les graves répercussions de l’abandon prolongé des corps dans ces installations.

L’engorgement des morgues réduit drastiquement l’espace de stockage disponible, accroît considérablement la consommation électrique et expose le personnel ainsi que les visiteurs à des risques sanitaires accrus. Ce phénomène, résultant de la précarité socio-économique de certaines familles et de l’irresponsabilité d’autres, engendre également un lourd fardeau financier pour les structures de santé. La conservation et l’entretien de ces dépouilles représentent des coûts importants qui, faute de réclamation, restent impayés.