À l’occasion de l’ouverture du premier Salon Expo Avicole à Cotonou, les autorités du Bénin ont dévoilé une stratégie d’envergure : atteindre une production de 100 000 tonnes de produits avicoles à l’horizon 2033. Actuellement confronté à un manque structurel de 80 000 tonnes compensé par des importations massives, le pays place cet enjeu au cœur de sa politique macroéconomique pour transformer une dépendance coûteuse en un véritable moteur de croissance nationale.
Un tournant stratégique pour l’élevage béninois
Le Palais des Congrès de Cotonou est devenu le centre névralgique d’une nouvelle ambition économique. En lançant cette première édition du Salon Expo Avicole, le gouvernement pose les bases d’un redressement productif majeur. Le constat actuel est sans appel : alors que la consommation nationale s’élève à 100 000 tonnes de viande de volaille et d’œufs par an, les éleveurs locaux n’en fournissent que 20 000 tonnes. Ce déficit de 80 000 tonnes constitue une érosion financière que l’État souhaite stopper au plus vite.
Mettre fin à l’hémorragie des devises
Importer 80 % de la consommation avicole représente une sortie annuelle de capitaux colossale vers l’étranger. Dans un contexte de marchés mondiaux instables, cette dépendance est une fragilité que le Bénin veut corriger. Adin Yeton Bloukounon Goubalan, ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, représentant le président Romuald Wadagni, a souligné que l’objectif prioritaire est de maintenir ces ressources financières sur le territoire national.
En relocalisant la production, l’exécutif vise non seulement l’autosuffisance alimentaire, mais aussi un rééquilibrage de la balance commerciale. Chaque tonne de volaille produite localement est perçue comme un investissement direct dans l’industrie du pays et une protection contre la fuite des devises.
Le plan Bénin Vert 2033 : un pilier de croissance
Cette initiative s’inscrit dans la feuille de route Bénin Vert 2033, qui érige la souveraineté en protéines en impératif de sécurité nationale. Pour réussir ce pari en moins d’une décennie, l’État mise sur une intégration verticale de la filière et une collaboration étroite avec le secteur privé.
Le gouvernement entend jouer un rôle de facilitateur pour attirer les investisseurs et rassurer les institutions financières. Selon le ministre, l’avenir du secteur repose sur une capacité collective à produire, transformer et générer de la valeur ajoutée localement. Au-delà des chiffres, ce projet porte une forte dimension sociale, avec la création attendue de nombreux emplois pour les jeunes et les femmes dans les couvoirs, les usines d’aliments et les centres de transformation.
Une filière unie et structurée
La réussite de ce plan repose sur la mobilisation de l’Interprofession avicole du Bénin (IAB). Le salon a permis de rassembler pour la première fois tous les maillons de la chaîne : producteurs, vétérinaires, fabricants d’aliments et distributeurs. Pour Léon Anago, président de l’interprofession, cet événement doit servir de déclencheur pour structurer la filière, attirer les capitaux et démontrer que l’aviculture est un marché rentable et un levier de croissance solide.
Le partenariat avec le Maroc comme accélérateur
Pour renforcer ses compétences techniques, le Bénin mise sur la coopération sud-sud, notamment avec le Maroc. La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole du Maroc (FISA) apporte un soutien logistique et technique précieux. La participation d’Ahmed El Bouari, ministre marocain de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, confirme l’importance de cet axe diplomatique et technique.
Le Maroc, fort de son expérience de modernisation avicole, se présente comme un partenaire stratégique. Ahmed El Bouari a salué les réformes en cours à Cotonou, estimant que cette collaboration pose les jalons d’une prospérité partagée et d’une sécurité alimentaire renforcée à l’échelle du continent.
Vers un modèle de résilience durable
Le combat du Bénin pour son autosuffisance illustre un défi majeur pour l’Afrique : produire ce que l’on consomme pour échapper à la dépendance des importations. Pour atteindre l’objectif de 100 000 tonnes d’ici 2033, la production nationale devra être multipliée par cinq en sept ans. Ce défi ambitieux, s’il est relevé, prouvera qu’une politique agricole rigoureuse peut servir de bouclier économique pour un pays en plein essor.