La Côte d’Ivoire plaide pour une IA africaine et une souveraineté numérique à Genève

Lors du dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, organisé sous l’égide des Nations Unies à Genève, la Côte d’Ivoire a fermement exprimé sa vision d’une IA équitable et accessible à tous.

M. Djibril Ouattara, en tant que ministre de la Communication et Porte-parole du Gouvernement, a représenté son pays. Il a lancé un appel vibrant pour une gouvernance mondiale de l’IA qui tire les leçons des expériences passées, tout en positionnant l’Afrique au cœur de cette révolution technologique. Dès le début de son intervention, le Ministre a salué l’initiative onusienne et a transmis les salutations du Président de la Côte d’Ivoire.

Face à l’ampleur des défis, M. Ouattara a souligné le caractère transformateur de l’IA. Il a mis en évidence des projections économiques, notant que l’IA pourrait générer des milliers de milliards de dollars pour l’économie mondiale d’ici 2030. Cependant, une question cruciale demeure : quelles nations bénéficieront réellement de cette richesse ?

Pour la nation ivoirienne, la réponse est sans équivoque : « L’intelligence artificielle ne doit pas rester le monopole de quelques économies ou plateformes privilégiées. Elle doit impérativement devenir un moteur de progrès partagé et éthique pour tous. »

Une ambition numérique et des projets structurants

La Côte d’Ivoire mise résolument sur le numérique pour atteindre son objectif de devenir un pays émergent de premier plan. Avec un taux de couverture en bande large déjà à 95%, le pays vise une couverture totale afin de « rendre tous les services gouvernementaux accessibles en ligne à l’ensemble de la population ».

Cette profonde transformation est orchestrée par le Ministère de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique. Sa feuille de route intègre un « axe stratégique dédié au déploiement d’une intelligence artificielle ivoirienne qui se veut inclusive et respectueuse des principes éthiques ». L’objectif est limpide : « faire de l’IA un véritable levier de souveraineté, d’accroissement de la productivité, d’inclusion sociale et de progrès pour tous les citoyens ivoiriens ».

Quatre piliers essentiels pour une gouvernance mondiale de l’IA

La Côte d’Ivoire a fermement défendu une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle s’articulant autour de quatre fondements majeurs. Le premier est l’inclusion, « afin qu’aucune nation ne soit laissée pour compte dans cette révolution, et que les pays en développement reçoivent le soutien nécessaire pour accéder aux infrastructures, aux données et aux financements indispensables ». Le deuxième est la confiance, établie par « des principes clairs de transparence, de cybersécurité renforcée et de protection rigoureuse des données ».

Le troisième pilier est l’interopérabilité, favorisée par « des architectures ouvertes et une circulation sécurisée des données essentielles au développement ». Enfin, le quatrième pilier est une souveraineté numérique coopérative, « permettant à chaque pays de contribuer à l’élaboration des règles et d’adapter l’IA à ses propres réalités spécifiques ».

Le Ministre a vivement insisté sur la nécessité de cadres supranationaux : « Le domaine numérique étant par essence sans frontières, nous nous engageons pleinement dans toutes les initiatives supranationales susceptibles de protéger nos citoyens des biais et des influences idéologiques potentiels liés à l’utilisation de l’IA. »

Vers la création d’une École Africaine de l’IA

S’appuyant sur l’expérience réussie de la Côte d’Ivoire au sein d’organisations régionales telles que l’OHADA, le CAMES et l’UEMOA, M. Ouattara a lancé un appel pressant à la mutualisation des efforts. « C’est pourquoi, je saisis cette tribune pour lancer un appel vibrant à la coopération régionale et à la mise en commun des initiatives, des projets et des investissements », a-t-il déclaré. L’objectif est de bâtir des infrastructures partagées, de développer des outils pour la valorisation du patrimoine informationnel, et surtout, de former les talents de demain.

Sa proposition phare est la création d’une École régionale africaine de l’intelligence artificielle. Une telle initiative est, selon lui, cruciale pour que l’IA puisse avoir un impact tangible et immédiat « sur la vie de nos populations, notamment en matière de santé, d’éducation et de sécurité alimentaire ».

La participation de la Côte d’Ivoire a été marquée par un plaidoyer continu en faveur d’une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle qui soit véritablement inclusive. En conclusion, le pays a salué « l’adoption du Pacte pour l’avenir et du Pacte numérique mondial » et a réaffirmé « son engagement à œuvrer, en collaboration avec les Nations Unies, pour une gouvernance mondiale inclusive. Mon pays est fermement convaincu que l’avenir de l’IA doit être construit collectivement, comme un instrument au service du progrès partagé pour l’humanité », a-t-il conclu.