Issa Tchiroma Bakary dénonce un pillage de plus de 10 000 milliards de francs Cfa au Cameroun

Un réquisitoire accablant contre la gestion des ressources publiques

Dans une analyse détaillée de la situation financière du pays, Issa Tchiroma Bakary a mis en lumière des dérives d’une ampleur sans précédent. Entre le bradage des ressources naturelles, les détournements massifs via des lignes budgétaires opaques et l’enrichissement illicite de l’entourage du président Paul Biya, le constat est alarmant. Selon les données présentées, plus de 10 000 milliards de francs CFA se seraient volatilisés, privant l’État de ressources essentielles.

Le pillage systématique du pétrole, de l’or et du bois

Le premier volet de cette prédation concerne les richesses du sous-sol. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) est pointée du doigt pour avoir généré, pendant quatre décennies, des revenus pétroliers hors de tout contrôle budgétaire ou parlementaire. Des cargaisons auraient disparu et du pétrole aurait été cédé à Glencore à moins de 30 % de sa valeur réelle. Le secteur forestier subit un sort similaire avec 80 % du bois vendu illégalement. Au total, le cumul des pertes liées à l’or, au pétrole et au bois dépasse les 10 000 milliards de francs CFA.

Détournements budgétaires et scandales des infrastructures

L’examen des finances publiques révèle également des anomalies majeures sur les lignes budgétaires 65 et 94 entre 2012 et 2021. Ces deux lignes totalisent 5 400 milliards de francs CFA de dépenses dépourvues de toute justification. Par ailleurs, le phénomène des agents fictifs continue de saigner les caisses de l’État : plus de 20 000 fonctionnaires fantômes coûteraient environ 200 milliards de francs CFA chaque année. Les grands projets ne sont pas épargnés, avec des surfacturations documentées de plus de 500 milliards de francs CFA pour l’autoroute Yaoundé-Douala, la CAN 2021 et la gestion des vaccins contre la COVID-19.

Une fraude institutionnalisée et un patrimoine occulte à l’étranger

La fraude fiscale et douanière constitue un autre levier de cet appauvrissement national. Pour la seule année 2023, l’ANIF a relevé 1 665 milliards de francs CFA de flux suspects. Au port de Douala, la fraude liée au scanning est estimée à 1 745 milliards de francs CFA. Ces manoeuvres auraient permis au clan au pouvoir d’accumuler des fortunes colossales. Des actifs immobiliers en France, évalués à 744 millions d’euros, ainsi que des biens à Dubaï et des séjours luxueux à Genève, témoignent d’un enrichissement personnel qui ignore l’obligation constitutionnelle de déclaration de patrimoine.

Un préjudice social incalculable pour les populations

L’estimation globale de ce pillage s’élève à 26 000 milliards de francs CFA, un chiffre qui pourrait atteindre 80 000 milliards selon les experts en raison de la dissimulation via des paradis fiscaux. À titre de comparaison, ces 26 000 milliards auraient pu financer 36 années de salaires pour l’ensemble des enseignants, soignants et soldats du Cameroun, ou permettre la construction de 2 600 hôpitaux de district. Face à ce désastre économique, l’exigence de justice demeure absolue : chaque responsable de ces malversations devra répondre de ses actes devant les tribunaux nationaux et internationaux.