Ibrahim Traoré prône l’abandon de la démocratie au Burkina Faso

Le capitaine Traoré affirme que la démocratie ne convient pas au Burkina Faso

Portrait du capitaine Ibrahim Traoré en tenue militaire beige avec béret rouge

Lors d’une intervention télévisée nationale, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État burkinabè, a tenu des propos sans équivoque sur le système démocratique. Il a déclaré que le peuple devait « oublier la démocratie », affirmant que ce modèle politique était incompatible avec les réalités locales. Cette déclaration intervient alors que le pays traverse une période de transition politique marquée par une série de bouleversements institutionnels.

Le dirigeant militaire, qui a accédé au pouvoir lors d’un coup d’État en 2022, a justifié sa position en évoquant les échecs répétés des interventions occidentales en Afrique. Il a cité la Libye comme exemple frappant des conséquences désastreuses de l’imposition de la démocratie par la force, rappelant le chaos qui a suivi la chute de Mouammar Kadhafi.

Une transition politique en suspens

Initialement, le capitaine Traoré s’était engagé à rétablir l’ordre constitutionnel avant juillet 2024. Pourtant, à quelques semaines de cette échéance, la junte a annoncé une prolongation de cinq ans du délai de transition, repoussant ainsi toute perspective de retour à un gouvernement civil élu. Cette décision a suscité de vives critiques tant sur la scène nationale qu’internationale.

En janvier dernier, les autorités ont franchi une étape supplémentaire en décidant de suspendre l’activité de tous les partis politiques. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de « reconstruction de l’État », selon les termes officiels. Les biens et fonds des formations politiques ont été transférés à l’État, une décision qui a été largement interprétée comme une tentative de museler l’opposition.

Critique acerbe du système partisan

Dans son discours, le capitaine Traoré a dressé un portrait sévère des partis politiques africains, qu’il qualifie de vecteurs de division et de corruption. Il a déclaré : « La vérité, c’est qu’en Afrique — du moins comme nous l’avons connu au Burkina Faso — un vrai homme politique incarne tous les vices : un menteur, un flagorneur, un beau parleur ». Il a ajouté que son gouvernement ne cherchait pas à copier d’autres modèles, mais à inventer un système entièrement nouveau, fondé sur la souveraineté nationale et l’engagement révolutionnaire.

Le chef de l’État a insisté sur la nécessité de construire un pays où les chefs traditionnels et les structures communautaires occuperaient une place centrale. Il a également souligné l’importance de l’autonomie économique et militaire, affirmant que des horaires de travail réduits ne permettraient pas au Burkina Faso de combler son retard face aux nations plus prospères.

Soutien populaire et controverses

Malgré une répression accrue contre les voix dissidentes, le capitaine Traoré bénéficie d’un soutien significatif au sein de la population burkinabè et dans plusieurs pays africains. Son discours panafricaniste et sa critique des anciennes puissances coloniales, notamment la France, lui ont valu une popularité croissante à travers le continent.

Cette orientation politique s’inscrit dans un mouvement plus large au Sahel, où le Mali et le Niger ont également rompu leurs partenariats militaires avec l’Occident pour se tourner vers la Russie, sans que cela n’ait permis de réduire les violences liées à l’insurrection islamiste qui frappe la région depuis près de dix ans.

Un bilan humain lourd

Un récent rapport de Human Rights Watch révèle que plus de 1 800 civils ont perdu la vie au Burkina Faso depuis le coup d’État de 2022. Selon l’organisation, les deux tiers de ces victimes seraient imputables aux forces de sécurité et aux milices pro-gouvernementales, le reste étant attribué aux groupes armés islamistes. Ces chiffres témoignent de l’escalade de la violence depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire.

Le capitaine Traoré a également été accusé de réprimer toute forme de contestation, en ciblant non seulement les opposants politiques, mais aussi les médias et les acteurs de la société civile. Des détracteurs du régime auraient été envoyés en première ligne face aux groupes jihadistes, une pratique dénoncée par plusieurs organisations de défense des droits humains.

Alors que le Burkina Faso s’enfonce dans une crise politique et sécuritaire, la vision du capitaine Traoré continue de diviser. Entre soutien populaire et condamnations internationales, l’avenir du pays reste plus incertain que jamais.