En visite officielle à Luanda, en Angola, le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a délivré un discours percutant, marquant les esprits par sa franchise et sa détermination. Accueilli par son homologue João Lourenço, le chef d’État congolais a profité de la tribune de la 3e édition de l’initiative de l’Alliance des civilisations des Nations unies (UNAOC) pour exprimer son indignation.
Le président Tshisekedi a fermement critiqué l’inaction de la communauté mondiale face à la crise sécuritaire qui déchire l’Est de la RDC. Son intervention a mis en lumière un ordre international qu’il juge en perte de repères, appelant à une prise de conscience collective face à la tragédie congolaise.
Pour Félix Tshisekedi, la situation dramatique que connaît la RDC ne saurait être reléguée au rang de simple fait divers régional. Il la perçoit comme le symptôme d’une défaillance généralisée du droit international et des principes qui devraient régir les relations entre nations.
« Nous ne pouvons pas accepter le silence des convenances »
Face à un auditoire composé de dirigeants internationaux, de diplomates et de représentants de la société civile, le président congolais a écarté le langage diplomatique habituel pour exposer des vérités dures concernant la souffrance humaine dans son pays :
« Il est impératif de refuser la banalisation du conflit. Nous ne pouvons nous contenter d’une indignation éphémère. Le silence des convenances est inacceptable, tout comme le fait de recenser les victimes pour ensuite les oublier. Le Droit international ne doit pas être un simple ensemble de formules protocolaires, dénué de toute portée concrète. »
Ce plaidoyer direct vise clairement le manque d’actions concrètes des grandes puissances face à l’agression rwandaise, dissimulée derrière la rébellion du M23. En soulignant que la paix ne peut se limiter à des déclarations creuses ou à une « trêve provisoire », le chef de l’État exige que la justice, la vérité et le respect de la souveraineté nationale guident enfin les résolutions multilatérales.
Le conflit à l’Est : Un test décisif pour l’ordre mondial
Développant sa réflexion, Félix Tshisekedi a averti son auditoire que l’aveuglement face au chaos sécuritaire dans la région des Grands Lacs représente un risque systémique pour la stabilité mondiale :
« La lutte que mène la RDC dépasse largement ses frontières ; elle ne concerne pas uniquement la sécurité d’un pays d’Afrique centrale. Elle remet en question la solidité même de l’ordre international que nous prétendons défendre, car partout où la loi du plus fort supplante la force du droit, aucun peuple n’est durablement à l’abri (…) »
Pour Kinshasa, la crise dans l’Est congolais est un véritable test de crédibilité pour le multilatéralisme. Si les frontières d’un État souverain peuvent être violées en toute impunité, avec le soutien de pays voisins et sans sanctions significatives, alors la sécurité de chaque nation sur la planète se trouve inévitablement compromise.
Des échanges stratégiques en coulisses avec João Lourenço
En marge de ce forum, Félix Tshisekedi a eu un entretien en tête-à-tête avec João Lourenço, médiateur désigné de l’Union africaine pour la crise sécuritaire en RDC. Les deux dirigeants ont fait le point sur la situation sur le terrain et ont discuté des prochaines étapes des initiatives de paix du processus de Luanda.
Alors que la RDC assure la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU depuis le 1er juillet 2026, cette prise de parole retentissante à Luanda marque le début d’une offensive diplomatique d’envergure, visant à contraindre la communauté internationale à passer des engagements verbaux aux actions concrètes.