Miriam Alía, spécialiste de la réponse aux épidémies, analyse les récentes vagues de méningite C et de rougeole qui ont frappé le Niger. Bien que ces maladies soient évitables, leur persistance souligne des obstacles logistiques et sanitaires majeurs.
Les obstacles à la lutte contre la méningite C
Le Niger fait face à des épidémies récurrentes de méningite C, une pathologie foudroyante. Le principal frein reste l’absence de vaccins abordables couvrant l’ensemble des sérogroupes. La production mondiale limitée, due à un manque d’intérêt commercial des laboratoires, contraint les acteurs de santé à une approche réactive plutôt que préventive.
Actuellement, les stocks gérés par le Groupe international de coordination sont insuffisants. Les campagnes de vaccination ne débutent souvent qu’une fois le seuil épidémique franchi, perdant ainsi un temps précieux. De plus, l’émergence du sérogroupe X, pour lequel aucun vaccin n’existe encore, représente une menace sérieuse pour l’avenir de la région.
Rougeole : une couverture vaccinale encore trop faible
Concernant la rougeole, bien que le vaccin soit intégré aux programmes de routine depuis des décennies, la transmission perdure. Pour stopper le virus, il est impératif d’atteindre un taux de protection de 95 % au sein de la population. Or, au Niger, plusieurs facteurs empêchent d’atteindre ce seuil :
- La rigidité des protocoles : Les vaccins fournis par GAVI se limitent souvent aux nourrissons de moins de 12 mois, ignorant les rappels nécessaires à 15 mois ou les enfants plus âgés.
- L’accessibilité : Les populations nomades ou vivant dans des zones de conflit ont un accès très limité aux centres de santé fixes.
Nouvelles stratégies et interventions sur le terrain
Pour pallier le manque de vaccins contre la méningite, l’utilisation de la ciprofloxacine en dose unique a montré des résultats prometteurs en zone rurale pour réduire la transmission. Parallèlement, des efforts massifs ont été déployés dans les régions de Tahoua et d’Agadez. Plus de 179 000 personnes ont bénéficié de campagnes de vaccination ciblées contre la rougeole et la méningite C.
L’une des solutions pour améliorer l’immunité globale consiste à adopter un calendrier vaccinal plus flexible, allant jusqu’à l’âge de 5 ans. Les interventions multiantigéniques, combinant par exemple les vaccins contre la rougeole, le pneumocoque et le vaccin pentavalent (diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B et Hib), permettent de maximiser chaque contact avec les familles. Enfin, la vaccination des femmes en âge de procréer contre le tétanos reste une priorité pour garantir la protection des nouveau-nés.