La crise sanitaire s’aggrave en République démocratique du Congo. L’épidémie d’Ebola vient de franchir les limites d’une quatrième province, le Haut-Uélé, dans le nord-est du pays. Depuis le déclenchement de l’alerte en mai, le bilan fait état de 1 274 personnes infectées et 360 décès. Alors que l’Ituri demeure le foyer principal de la contagion, les autorités sanitaires luttent pour freiner la progression du virus dans un environnement marqué par l’insécurité et la méfiance des populations.
Le Haut-Uélé, nouveau front de l’épidémie
Jusqu’à présent, le virus était localisé dans trois provinces : l’Ituri, frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, ainsi que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Des incursions ont également été notées en Ouganda, où vingt cas et deux décès ont été signalés. Désormais, le Haut-Uélé rejoint la liste des zones sinistrées. Cette province stratégique partage ses frontières avec le Soudan du Sud et la République centrafricaine.
L’introduction du virus dans cette nouvelle région proviendrait d’un voyageur infecté ayant quitté l’Ituri pour se rendre dans le Haut-Uélé. Ce patient est malheureusement décédé, déclenchant une course contre la montre pour identifier les cas contacts et briser la chaîne de transmission.
Les rites funéraires au cœur des contaminations
L’un des vecteurs majeurs de la maladie réside dans les pratiques culturelles. Les dépouilles des victimes d’Ebola sont extrêmement contagieuses, or les cérémonies funéraires traditionnelles durent souvent plusieurs jours et impliquent des contacts physiques avec le défunt. Malgré les efforts des équipes humanitaires pour instaurer des enterrements sécurisés, une partie de la population manifeste une forte résistance.
Des tensions ont éclaté dans plusieurs centres de santé, où des familles en colère ont tenté de récupérer les corps de leurs proches. Cette défiance complique l’application des protocoles sanitaires indispensables pour stopper l’hémorragie virale.
Un défi sécuritaire et sanitaire majeur
Le contexte géographique et sécuritaire aggrave la situation. Le Haut-Uélé et l’Ituri sont des zones de transit intenses, riches en gisements aurifères, ce qui favorise les mouvements de population et, par extension, la circulation du virus. Parallèlement, ces régions subissent les exactions de groupes armés, notamment les ADF, affiliés à l’État islamique.
L’insécurité permanente entrave le déploiement de la riposte, qui souffre déjà d’un manque criant de moyens. Dans l’un des pays les plus pauvres au monde, les structures de santé manquent de kits de protection et de chlore. Les centres de traitement sont aujourd’hui saturés, affichant un taux d’occupation de 138 %. Le personnel médical paie également un lourd tribut : 78 soignants ont été contaminés et 18 ont perdu la vie.
Les experts estiment que le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint. La gestion de cette crise pourrait s’étendre sur une période de six mois à un an. Pour rappel, Ebola se transmet par les fluides corporels et a causé la mort de plus de 15 000 personnes sur le continent africain au cours des cinquante dernières années. Entre 2018 et 2020, la République démocratique du Congo avait connu son épisode le plus tragique avec près de 2 300 décès.