Droits humains au Mali : restrictions et exactions en 2025

Droits humains au Mali : une crise persistante en 2025

En 2025, le Mali fait face à une dégradation marquée des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Des opposants politiques, des militants de la société civile et des journalistes subissent des arrestations arbitraires, des détentions prolongées et des disparitions forcées. Parallèlement, des groupes armés et les forces gouvernementales multiplient les exactions contre les populations civiles, aggravant une crise humanitaire déjà critique.

Au moins 2 036 écoles étaient fermées en juin 2025, privant plus de 618 000 enfants de leur droit à l’éducation. La région de Kidal est la plus touchée, avec 63 % des enfants déscolarisés.

Contexte politique et sécuritaire au Mali

La transition politique, prolongée de cinq ans après le coup d’État de 2020, reste marquée par des tensions persistantes. En février 2025, les autorités ont adopté la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, mais celle-ci n’a pas suffi à apaiser les divisions. En avril, un coup d’État manqué a été déjoué, entraînant l’arrestation de plusieurs officiers militaires et d’un diplomate français.

Sur le plan sécuritaire, la Russie a renforcé son influence en remplaçant le groupe Wagner par l’Africa Corps, une unité militaire placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense. Cette collaboration vise à soutenir le Mali dans sa lutte contre les groupes armés, mais les violations des droits humains se poursuivent.

En septembre 2025, le Mali a annoncé son intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), une décision qui suscite des inquiétudes quant à l’impunité des auteurs de crimes graves.

Répression des libertés : un climat de terreur

Les autorités maliennes ont dissous tous les partis politiques, illustrant une répression systématique des droits à la liberté d’expression et d’association. Les manifestations pacifiques organisées en réaction à cette décision ont été violemment réprimées par les forces de sécurité à Bamako.

Des figures de l’opposition et de la société civile ont été victimes de disparitions forcées ou de détentions arbitraires :

  • Alou Badra Sacko, coordinateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, a été enlevé le 14 mars 2025 avant d’être libéré le 24 mai après avoir dénoncé les taxes sur les transactions financières par mobile.
  • El Bachir Thiam, leader du parti Yelema, a été kidnappé le 8 mai avant d’être libéré le 26 septembre après une mobilisation internationale.
  • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, a été enlevé le même jour et libéré sans jugement le 5 juin.

Arrestations et détentions arbitraires : une justice sous contrôle

Plusieurs militants politiques, dont Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, ont été torturés en détention depuis 2023. Accusés d’atteinte à la sûreté de l’État, ils attendent toujours leur procès.

L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été arrêté en août pour avoir critiqué la gestion des détenus sur le réseau social X. Condamné en octobre à un an de prison pour atteinte au crédit de l’État, il incarne la répression des voix dissidentes.

Le militant anticorruption Clément Dembele, arrêté en 2023 pour des accusations infondées, a vu ses charges abandonnées en avril 2025. Pourtant, il est toujours détenu, malgré les appels à sa libération de l’ONU.

Exactions des groupes armés : une insécurité généralisée

Les groupes armés, comme l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), multiplient les attaques contre les civils :

  • En février, 34 civils ont été tués dans une attaque de l’EIS près de la ville de Gao.
  • En mai, Sidi Barka, un dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka et retrouvé mort en août.
  • En août, des membres de la katiba du Macina ont tué des civils et provoqué un exode à Farabougou.
  • En novembre, Mariam Cissé, une influenceuse, a été enlevée, transportée à Tonka et exécutée publiquement.

Les blocus imposés par le GSIM dans plusieurs villes, dont Kayes et Nioro du Sahel, privent les populations d’accès aux denrées essentielles et au carburant.

Violations du droit international humanitaire par les forces gouvernementales

Les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés, notamment les mercenaires russes de l’Africa Corps, sont accusés de graves violations :

  • En mars, une frappe de drone a tué 10 civils sur un marché à Ejdeïr.
  • En avril, une centaine d’hommes, majoritairement issus de la communauté peule, ont été arrêtés à Sebabougou. Soixante d’entre eux ont été torturés et exécutés sommairement au camp de Kwala.
  • En mai, 23 à 27 hommes ont été exécutés par des militaires et des miliciens dozos à Diafarabé, leurs corps jetés dans des fosses communes.

Malgré les promesses d’enquêtes, aucune information officielle n’a été communiquée sur ces crimes.

Droit à l’éducation : une génération sacrifiée

La crise sécuritaire a rendu 2 036 écoles non fonctionnelles en juin 2025, contre 1 984 en 2024. Plus de 618 000 enfants sont privés d’éducation, avec un impact dramatique dans la région de Kidal, où 63 % des enfants sont déscolarisés.

Les groupes armés imposent des blocus et des restrictions, empêchant l’accès aux villes et aux ressources essentielles. Le GSIM a notamment ciblé les camions-citernes en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, aggravant la crise humanitaire.