Une nouvelle dynamique s’installe en Afrique de l’Ouest, portée par une volonté de normaliser les échanges entre les pays de la Cédéao et les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ce virage diplomatique, dicté par le pragmatisme, place l’urgence sécuritaire et les impératifs économiques au premier plan des préoccupations régionales.
Depuis plusieurs semaines, les canaux de discussion se réactivent pour tenter de bâtir des ponts entre ces deux blocs. L’objectif est clair : harmoniser les stratégies de défense face à une menace terroriste grandissante, avant d’envisager une véritable mutualisation des forces militaires. Pour réussir cette transition, les diplomates s’efforcent de mettre de côté les contentieux liés au retrait de l’AES de la Cédéao, ainsi que les tensions verbales qui ont marqué les mois passés. Il s’agit désormais de dépasser les postures d’orgueil pour répondre aux défis vitaux de la zone sahélienne.
La Côte d’Ivoire prône la coopération militaire
Un signal fort a été envoyé par Tene Birahima Ouattara, le ministre ivoirien de la Défense. Ce dernier a exprimé sa volonté de relancer la coopération sécuritaire avec le Mali et le Burkina Faso. Selon lui, aucun État ne peut triompher seul du terrorisme dans sa forme actuelle. Cette main tendue intervient alors que de nombreux observateurs soulignent que la crise sécuritaire pourrait devenir insupportable pour l’ensemble de la région si une réponse commune n’est pas rapidement apportée.
Toutefois, la réponse de Bamako et Ouagadougou reste incertaine. Si les dirigeants de l’AES ne ferment pas la porte à des accords bilatéraux, le poids des accusations passées pèse encore. La Côte d’Ivoire a souvent été la cible de critiques acerbes, l’accusant sans preuves tangibles de soutenir des intérêts extérieurs. Pourtant, malgré ce climat délétère, des liens discrets subsistent, notamment à travers l’accueil de milliers de réfugiés maliens et burkinabés sur le sol ivoirien.
Un nouveau chapitre entre le Bénin et le Niger
Le Bénin semble également s’engager sur la voie de l’apaisement. L’arrivée au pouvoir de Romuald Wadagni a ouvert une fenêtre d’opportunité pour débloquer les relations avec le Niger, particulièrement tendues depuis le changement de régime à Niamey en juillet 2023. La fermeture de la frontière commune, qui paralysait les échanges économiques, est au cœur des discussions actuelles.
Une rencontre décisive entre experts nigériens et béninois s’est tenue à Cotonou les 20 et 21 juin. Les échanges ont porté sur la sécurité Niger–Bénin, la défense et les modalités de réouverture des frontières. Niamey a profité de ces assises pour demander des éclaircissements sur la présence supposée d’éléments étrangers à la frontière, une préoccupation récurrente de la transition nigérienne. Pour les autorités nigériennes, représentées par le ministre de l’Intérieur Mohamed Toumba, une « nouvelle ère » s’ouvre, privilégiant le dialogue à la confrontation pour garantir la prospérité des citoyens.
La recherche de solutions endogènes
Cette volonté de normalisation devrait s’accentuer dans les mois à venir, répondant ainsi aux appels internationaux pour un dialogue inclusif en Afrique de l’Ouest. Même la Russie, partenaire stratégique de l’AES, encourage désormais une approche pragmatique entre les deux organisations pour contrer les menaces communes.
Sur le terrain, la situation reste préoccupante. De vastes zones échappent encore au contrôle des États, administrées par des groupes armés que les juntes peinent à contenir malgré leurs promesses de mutualisation des moyens. Cette réalité impose une politique Niger et régionale plus cohérente.
Enfin, malgré la rupture officielle, les pays de l’AES restent ancrés dans l’UEMOA et leurs populations bénéficient toujours de la libre circulation. Ce constat laisse penser que le divorce entre l’AES et la Cédéao, motivé initialement par le refus du retour à l’ordre constitutionnel, reste une séparation incomplète face à l’interdépendance économique et humaine des peuples de la région.