une crise sécuritaire aggravée par les tensions ethniques et politiques
La situation au Mali s’est fortement dégradée fin 2025, avec des attaques coordonnées ciblant plusieurs villes et causant la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, ainsi que de nombreux militaires. Ces événements s’inscrivent dans une recrudescence des violences observées ces dernières années contre l’armée et les institutions maliennes.
Nos recherches approfondies sur l’insécurité et les dynamiques politiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel révèlent que ces attaques trouvent leur origine dans les griefs historiques et non résolus des communautés touaregs. Ces groupes nomades, présents dans le nord du Mali, dénoncent depuis des décennies leur marginalisation systémique par l’État malien.
les trois causes profondes des tensions au Mali
Plusieurs facteurs expliquent l’escalade actuelle :
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L’absence de réponse aux revendications touaregs : ces communautés réclament une autonomie politique, une meilleure reconnaissance culturelle, le partage des ressources naturelles (or, sel, pâturages) et une sécurité renforcée. Le régime militaire actuel n’a pas engagé de réformes structurelles pour y répondre.
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La militarisation excessive du conflit : l’armée malienne, en privilégiant une approche répressive dans le nord, a aggravé les tensions en causant des dommages collatéraux et en alimentant un ressentiment durable chez les populations locales.
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La répartition inégale des ressources : le sud du Mali concentre la majorité des investissements publics et des infrastructures, tandis que le nord, riche en ressources stratégiques, reste sous-équipé et sous-financé. Cette injustice économique nourrit un sentiment d’abandon parmi les Touaregs.
un retour en arrière : les alliances dangereuses des années 2010
En avril 2026, une alliance entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) a permis des attaques simultanées sur plusieurs villes. Cette offensive rappelle celle de 2012, lorsque les Touaregs et des groupes islamistes avaient uni leurs forces contre l’État malien.
Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), créé en 2011 et majoritairement composé de Touaregs, avait alors tenté une sécession. Avec environ 10 000 combattants à son apogée, le mouvement a rapidement été surpassé par des groupes mieux armés comme Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO).
Après avoir été repoussés par les forces maliennes, ces groupes islamistes se sont repliés dans des zones désertiques, adoptant des tactiques de guérilla (attentats-suicides, mines terrestres). Le retrait des forces françaises en 2022 a affaibli la lutte antiterroriste, permettant aux djihadistes de regagner du terrain et d’étendre leur influence.
les erreurs persistantes du régime malien
Le gouvernement d’Assimi Goïta n’a pas su intégrer les revendications touaregs, malgré leur exclusion historique du pouvoir. Depuis l’indépendance en 1960, les dirigeants touaregs dénoncent une structure étatique ne reflétant ni leurs identités ni leurs intérêts économiques. Les réponses répressives ont souvent été privilégiées, aggravant les fractures.
Les opérations antiterroristes menées dans le nord et le centre du pays ont également causé des violences contre les civils : déplacements massifs, arrestations arbitraires et massacres. Ces abus ont été exploités par les groupes islamistes pour recruter et justifier leur lutte.
Enfin, la répartition inégale des ressources reste un problème majeur. Les accords de paix passés ont promis décentralisation et financements, mais leur application a été quasi inexistante. Les accords de 2015 devaient intégrer les élites du nord, mais leur mise en œuvre a échoué, laissant les Touaregs dans une précarité persistante.
des pistes pour une résolution durable ?
Pour rétablir la paix, il est indispensable de répondre aux revendications touaregs en s’inspirant de modèles réussis comme celui du Niger. Sous la présidence de Mahamadou Issoufou, les autorités nigériennes ont mis en place des mesures concrètes :
Intégration des élites touaregs dans les institutions étatiques pour renforcer leur représentation.
Décentralisation administrative et budgétaire pour donner plus d’autonomie aux régions du nord.
Programmes de désarmement, démobilisation et réintégration pour les anciens combattants.
Investissements ciblés dans les infrastructures (eau, routes, éducation) et le développement du pastoralisme pour améliorer les conditions de vie.
Ces mesures, combinées à un dialogue politique inclusif, pourraient désamorcer les tensions et orienter le Mali vers une stabilité durable. La clé réside dans la reconnaissance des droits des Touaregs et la lutte contre les inégalités structurelles qui alimentent depuis des décennies le cycle de la violence.