Un pays en proie à l’urgence humanitaire et sécuritaire
Alors que le Burkina Faso subit une dégradation sans précédent de sa situation sécuritaire et humanitaire, les priorités affichées par les autorités de la transition interrogent plus que jamais. Entre les appels à la mobilisation sur le front et les initiatives de communication de l’État, l’écart entre les discours et les réalités devient chaque jour plus flagrant.
Propagande ou priorités : le choix impossible
La récente publication d’un ouvrage attribué à Ibrahim Traoré illustre cette distorsion. Dans les régions les plus touchées par les violences, comme dans la capitale Ouagadougou, les citoyens expriment une frustration croissante. Leur message est unanime : ils n’ont que faire des récits glorificateurs, ils réclament avant tout des actions concrètes pour leur sécurité.
Alors que les forces de défense et de sécurité (FDS) et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) peinent à obtenir les moyens nécessaires pour remplir leur mission, l’État alloue des ressources à des projets éditoriaux. Une telle démarche soulève une question essentielle : comment ignorer l’urgence sur le terrain au profit d’une propagande déconnectée de la réalité ?
La rhétorique au détriment de l’action
Lors de son accession au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré avait été perçu comme l’homme providentiel, capable de restaurer l’ordre et la souveraineté nationale. Pourtant, aujourd’hui, les citoyens observent avec amertume une transformation progressive de la gestion publique. Le culte de la personnalité et les stratégies de communication semblent avoir pris le pas sur les impératifs militaires.
Un activiste de la société civile, s’exprimant sous couvert d’anonymat, résume l’état d’esprit général : « Les Burkinabè ne demandent pas des livres, ils exigent que l’on leur rende leur pays. » Cette phrase résume à elle seule l’état de la relation entre le pouvoir et la population.
Un contrat moral rompu
Le pacte qui liait les autorités à la nation reposait sur une promesse claire : rétablir la sécurité et protéger les vies. Or, avec le temps, cette mission fondamentale semble s’effacer au profit d’une stratégie de communication centrée sur la promotion d’un leader. Les moyens logistiques, essentiels pour les troupes engagées dans la lutte antiterroriste, se font rares, tandis que les dépenses éditoriales se multiplient.
Cette dérive alimente un mécontentement grandissant. Les citoyens, épuisés par des années de crise, expriment désormais leur colère avec une fermeté accrue. Leur message est sans équivoque : si la sécurité ne peut être rétablie, il est temps d’envisager des solutions alternatives pour sortir de l’impasse.
Quel cap pour la transition ?
Le Burkina Faso se trouve à un moment décisif. Poursuivre dans cette voie, où la présidence semble davantage préoccupée par son image que par les besoins réels de la population, ne fera qu’aggraver la fracture entre les autorités et les citoyens.
Ce pays n’a que faire de dirigeants davantage préoccupés par leur propre narration que par la résolution des crises qui le déchirent. Le capitaine Traoré et son équipe doivent impérativement recentrer leurs efforts sur l’objectif qui justifie leur présence au pouvoir : la sécurité nationale. Sans cela, l’histoire jugera sévèrement cette période, marquée par des mots creux et des promesses non tenues, alors que le pays continuait de brûler.