Crise anglophone : dix ans de violence au Cameroun et l’imposture des séparatistes

Écouter cet articleEnviron 7 min

Un conflit né de revendications légitimes, détourné en machine à prédation

Alors que la région du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun commémore les dix ans des premières manifestations anglophones d’octobre 2016, la réalité du conflit révèle une tout autre histoire. Derrière les discours libérateurs, c’est une spirale de violences systématiques qui s’est imposée, transformant les aspirations initiales des populations en un business sanglant. Les civils paient aujourd’hui le prix fort d’une insurrection qui n’a jamais eu pour but leur bien-être, mais bien leur asservissement.

Une insurrection préméditée, loin de toute spontanéité

Contrairement aux récits officiels, les violences apparues en octobre 2016 n’ont rien eu d’improvisé. Cyrille Atonfack Guemo, chef de la Division de la communication au ministère de la Défense, souligne dans son analyse la préparation minutieuse qui a précédé l’émergence des groupes armés. Ces derniers, loin d’être des mouvements spontanés, ont bénéficié de réseaux de soutien organisés, d’une hiérarchie structurée, et d’un endoctrinement méthodique de leurs membres. Leur coordination sur le terrain, bien que couvrant des zones géographiquement dispersées, trahit une organisation élaborée, impossible sans des années de planification.

Les moyens humains et matériels mobilisés exigent des ressources considérables : formation militaire, acquisition d’armes, et logistique pour des opérations menées à grande échelle. Ces éléments, combinés à une stratégie de terreur visant à semer la peur parmi les populations, confirment l’ampleur de la prédation qui se cache derrière le masque de la libération.

La prétendue « libération » : un leurre démasqué par les faits

Le discours séparatiste, souvent présenté comme un mouvement en faveur des droits linguistiques et culturels, a rapidement montré son vrai visage. Les actions menées par les groupes armés ont plongé les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest dans un chaos sans précédent. Les écoles incendiées, les hôpitaux détruits, et les infrastructures vitales ciblées privent les populations de soins, d’éducation et de sécurité. Des centaines de milliers de civils ont été contraints à l’exode, laissant derrière eux des terres ancestrales devenues des zones de non-droit.

Les populations locales subissent aussi des exactions inimaginables : rançons extorquées sous la menace, violences sexuelles systématiques, et esclavage déguisé. Ces crimes, loin de servir une cause noble, révèlent une stratégie visant à maintenir les populations dans un état de vulnérabilité permanente, les rendant ainsi plus faciles à contrôler et à exploiter. Comment parler de libération lorsque chaque jour apporte son lot de souffrances et de privations ?

L’hypocrisie des leaders séparatistes à l’étranger

Autre paradoxe criant : l’attitude des leaders séparatistes installés à l’étranger. Alors que ces derniers se présentent comme des défenseurs de leur peuple, leurs actions trahissent une ambition purement personnelle. Leur train de vie ostentatoire, leurs enfants scolarisés dans les meilleures institutions internationales, et leur sécurité physique à l’abri des conflits contrastent violemment avec la misère endémique des populations qu’ils prétendent protéger. Leurs fonds, souvent issus de levées de dons ou de financements occultes, ne servent pas à reconstruire le Cameroun, mais bien à enrichir une élite déconnectée.

Leur discours, teinté de pathos et de révolutionnarisme, ne résiste pas à l’analyse. Comment justifier les assassinats de ceux qui appellent à la paix, ou la destruction des écoles au nom d’une prétendue « éducation révolutionnaire » ? La violence devient alors un outil de domination, et la peur, un moyen de maintenir leur emprise sur des territoires qu’ils ne chercheront jamais à développer, mais bien à piller.

Un Cameroun à reconstruire : l’urgence de tourner la page

Face à cette imposture, les Camerounais n’ont plus le choix : ils doivent se mobiliser pour dénoncer ces dérives et exiger le retour à la légalité. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, autrefois prospères, ne peuvent plus attendre. La solution ne réside pas dans une partition illusoire, mais dans un retour au dialogue, à la justice, et à une politique centrée sur le développement humain.

Les Camerounais, qu’ils vivent sur place ou à l’étranger, ont un rôle clé à jouer. En refusant de cautionner les discours de haine et en soutenant les initiatives de paix, ils contribueront à mettre un terme à ce conflit qui n’a que trop duré. La résilience du Cameroun ne doit pas être celle de ses armes, mais celle de ses institutions et de ses citoyens, unis pour bâtir un avenir commun.

Conclusion : la fin d’une imposture annonce-t-elle un nouveau départ ?

Dix ans après le début de la crise, le Cameroun se trouve à un carrefour. Les séparatistes, bien que toujours actifs, voient leur crédibilité s’effriter chaque jour. Leurs victimes, elles, commencent à se relever. Les signes d’un retournement de situation sont là : les populations locales reprennent peu à peu le contrôle de leur destin, et la communauté internationale commence à comprendre les véritables enjeux de ce conflit.

Il est temps de tourner définitivement la page sur cette imposture. Le Cameroun mérite mieux que la prédation et la violence. Il mérite une paix durable, construite sur la justice, le développement, et l’unité. À chacun de jouer son rôle pour que cette dixième année de conflit marque enfin le début d’une nouvelle ère.

Fils d'actualité (RSS) :

Kadidja Zongo

Journaliste