Coopération militaire haïtienne-béninoise : quels retombées concrètes pour les deux pays ?

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Cotonou — La visite du chef d’état-major des Forces armées d’Haïti (FAd’H), le lieutenant-général Derby Guerrier, au Bénin relance le débat sur l’impact d’une éventuelle coopération militaire entre les deux nations. Dans un contexte où Port-au-Prince fait face à une crise sécuritaire sans précédent, cette rencontre entre haut responsables militaires pourrait-elle enfin déboucher sur des solutions tangibles ? Les attentes sont immenses, tant pour Haïti que pour le Bénin, dont les armées partagent des défis communs en matière de sécurité.

Pourquoi cette visite du général Derby Guerrier à Cotonou change la donne pour Haïti

Haïti traverse une période critique : les groupes armés gagnent du terrain, les institutions publiques s’affaiblissent et les forces de sécurité peinent à rétablir un ordre durable. Face à cette situation, la recherche de partenaires capables de soutenir les FAd’H est devenue une priorité absolue pour les autorités haïtiennes. C’est dans ce cadre que s’inscrit la visite du général Guerrier au Bénin, un pays dont l’expérience en matière de stabilisation interne pourrait s’avérer précieuse.

Le général Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major des Forces armées béninoises (FAB), a reçu officiellement son homologue haïtien. Leur échange dépasse le simple cadre protocolaire : il s’agit d’évaluer les pistes de collaboration militaire entre les deux pays, alors que des débats persistants entravent depuis des années un engagement concret du Bénin en Haïti.

Un précédent militaire béninois en suspens depuis 2024

En février 2024, le président béninois Patrice Talon avait annoncé la disponibilité de son pays à participer à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), encadrée par le Conseil de sécurité de l’ONU et pilotée par le Kenya. Cotonou avait alors proposé d’envoyer jusqu’à 2 000 militaires pour soutenir Haïti. Pourtant, ce projet n’a jamais abouti, principalement en raison de divergences persistantes sur le commandement, le financement et l’organisation opérationnelle de la mission.

La rencontre actuelle entre les deux généraux ravive ainsi une question cruciale : un déploiement militaire béninois en Haïti est-il encore envisageable ? Bien qu’aucun accord officiel n’ait été annoncé, cette visite ravive les espoirs d’une solution concrète pour renforcer la stabilité en Haïti.

Quels bénéfices concrets pour les armées haïtienne et béninoise ?

Au-delà des discussions politiques, cette visite pourrait ouvrir la voie à des échanges concrets entre les Forces armées béninoises (FAB) et les FAd’H. Plusieurs domaines stratégiques pourraient être explorés :

  • Formation des militaires : partage d’expertise sur les tactiques de contre-insurrection et la gestion des crises internes
  • Renforcement des capacités opérationnelles : modernisation des équipements et adaptation des doctrines militaires
  • Renseignement et planification : renforcement des systèmes de collecte et d’analyse de données stratégiques
  • Gestion des menaces asymétriques : adaptation aux nouvelles formes de conflictualité (groupes armés, criminalité organisée)

Pour le Bénin, déjà engagé contre le terrorisme dans sa région septentrionale, cette dynamique représente une opportunité de consolider son expérience en matière de sécurité régionale. Pour Haïti, elle offre la perspective d’un renforcement rapide de ses capacités militaires, alors que le pays lutte contre une guerre civile larvée.

Un partenariat Sud-Sud pour contrer l’insécurité régionale

Cette opportunité s’inscrit dans une logique de solidarité entre nations du Sud global. Haïti, culturellement et historiquement lié à l’Afrique, pourrait bénéficier d’un soutien sur mesure, adapté aux réalités des conflits contemporains. De son côté, le Bénin montre ainsi sa volonté de jouer un rôle actif dans la stabilisation de son environnement géopolitique direct.

Les discussions actuelles pourraient ainsi poser les bases d’une coopération militaire bilatérale pérenne, allant au-delà des simples échanges diplomatiques. Pourtant, leur succès dépendra de la capacité des deux pays à transformer ces intentions en actes concrets.

Quelles perspectives pour l’avenir immédiat ?

La visite du général Derby Guerrier à Cotonou marque-t-elle un tournant dans la relation militaire entre Haïti et le Bénin ? Plusieurs éléments laissent penser que oui :

  • Un retour sur les modalités d’une mission militaire béninoise en Haïti, avec une possible reconfiguration des conditions de déploiement
  • Une exploration des échanges institutionnels pour renforcer les liens entre les deux armées
  • La mise en place d’un cadre de dialogue permanent pour suivre les avancées concrètes

Cependant, des défis majeurs subsistent. La question de la chaîne de commandement dans une opération internationale reste sensible, tout comme celle du financement des missions futures. Les deux parties devront également s’assurer que cette coopération ne génère pas de tensions avec d’autres acteurs internationaux déjà impliqués en Haïti.

Quoi qu’il en soit, cette visite rappelle une évidence : la stabilité d’Haïti ne peut plus attendre. Si la coopération militaire entre Haïti et le Bénin aboutit, elle pourrait non seulement aider le pays caribéen à retrouver la paix, mais aussi renforcer le rôle du Bénin comme acteur clé de la sécurité en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes.

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Kadidja Zongo

Journaliste