condamnation et détention arbitraire de l’avocate ini Benjamine Esther Doli au Burkina Faso
BFA 003 / 0925 / OBS 054.1
Condamnation et détention arbitraire
Restriction à la liberté d’expression
Burkina Faso
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, un partenariat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), alerte sur la situation critique au Burkina Faso.
Contexte de l’affaire :
Maître Ini Benjamine Esther Doli, avocate et militante des droits humains, a été condamnée à un an de prison ferme pour « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées » suite à des publications sur son compte Facebook. Une amende de 1 000 000 F.CFA (environ 1 525 euros) a également été prononcée. Elle a fait appel de cette décision et reste incarcérée au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou. Elle conserve l’accès à ses avocats, à sa famille et aux soins nécessaires.
Ancienne substitut du Procureur du Faso à Bobo-Dioulasso et ex-Commissaire du gouvernement au Tribunal administratif de Ouagadougou, elle est inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats du Burkina Faso depuis juillet 2024.
L’Observatoire souligne que Maître Doli a été enlevée à son domicile à Ouagadougou dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025 par des individus masqués se présentant comme des gendarmes. Cet enlèvement fait suite à une publication Facebook où elle critiquait ouvertement la gestion actuelle du pays en comparaison avec les idéaux de feu Thomas Sankara. Cette publication a été sa dernière avant sa disparition forcée.
À travers ses interventions sur les réseaux sociaux, l’avocate dénonçait régulièrement les violations des droits fondamentaux, notamment les atteintes à la liberté d’expression, les intimidations et les enlèvements de citoyens engagés dans la défense des droits humains. Elle critiquait également les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè, pointant du doigt les lenteurs, l’absence d’indépendance de la magistrature et les entraves constantes à la justice. Ses écrits mettaient en lumière des phrases comme : « C’est trop lâche et même trop, trop lâche pour ne pas dire immensément lâche, de se servir des armes achetées par l’argent du contribuable pour intimider un peuple, le museler totalement, l’enlever, le séquestrer et par-dessus tout, d’empêcher la justice de faire librement son travail. Quelle terreur inouïe ! »
Dès le 4 septembre 2025, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso a été informé de l’imminence d’une procédure judiciaire à l’encontre de Maître Doli. Le 6 septembre, le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « trahison », « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées », basée sur ses publications Facebook.
L’Observatoire rappelle que Maître Guy Hervé Kam, avocat et défenseur des droits humains, cofondateur du Balai citoyen, a été arrêté dans des circonstances similaires en janvier 2024 à l’aéroport international de Ouagadougou. Toujours incarcéré à ce jour, il est accusé de « complot et association de malfaiteurs ».
Ces actes s’inscrivent dans un contexte de répression généralisée au Burkina Faso, où la société civile et les journalistes sont régulièrement ciblés. Depuis plusieurs mois, de nombreux défenseurs des droits humains et journalistes ont été victimes d’enlèvements ou de disparitions forcées :
- Amadou Sawadogo, membre du mouvement Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025 et libéré le 26 mai 2025 ;
- Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du même mouvement, enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu ;
- Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, enlevés le 24 mars 2025 et libérés respectivement les 17 juillet et 21 juillet 2025 ;
- Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu.
L’Observatoire dénonce avec fermeté la condamnation et la détention arbitraire de Maître Ini Benjamine Esther Doli, qu’il considère comme une punition pour son engagement en faveur des droits humains et de la liberté d’expression.
Il exige des autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso :
- La libération immédiate et inconditionnelle de Maître Doli et de tous les défenseurs des droits humains arbitrairement détenus ;
- La fin de tout harcèlement judiciaire à leur encontre ;
- La garantie des droits à la liberté d’expression et d’association, conformément aux standards internationaux et aux textes nationaux.
Comment agir ?
Pour soutenir cette cause, l’Observatoire invite le public à écrire aux autorités burkinabè suivantes :
- Capitaine Ibrahim Traore, Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSR II) : @CapitaineIb22 (X) ;
- Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre du Burkina Faso : @J_E_Ouedraogo (X) ;
- Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice, des Droits humains et des Relations avec les institutions, Garde des Sceaux : [email protected] ;
- Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires Étrangères : [email protected] ; @JeanMarieTraore (X) ;
- Commission nationale des droits humains du Burkina Faso : [email protected] ; @BurkinaCndhX (X) ;
- Sabine Bakyono Kanzie, Mission permanente du Burkina Faso auprès de l’ONU à Genève : [email protected] ;
- Oumarou Ganou, Représentant permanent du Burkina Faso auprès de l’ONU à New York : [email protected] ;
- Mission Permanente du Burkina Faso auprès de l’Union africaine : [email protected].
Il est également recommandé d’interpeller les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans vos pays respectifs.
Pour informer l’Observatoire des actions menées, merci d’indiquer le code de cet appel.
Contact de l’Observatoire :
- Email : [email protected] ;
- Tél. FIDH : +33 1 43 55 25 18 ;
- Tél. OMCT : + 41 22 809 49 39.