Centrafrique : l’horreur wagnérienne sous les projecteurs

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Centrafrique : l’horreur wagnérienne sous les projecteurs

Des exécutions sommaires et des décapitations filmées par des mercenaires de Wagner marquent le quotidien des Centrafricains. L’opposition et la société civile réclament, en vain, le départ de ces groupes armés détenteurs d’un permis de tuer accordé par les autorités locales. Dernières nouvelles d’un pays où la terreur s’installe durablement.

Scène d'horreur en Centrafrique

Au début du mois de juillet, des images insoutenables ont circulé sur les réseaux sociaux, révélant une nouvelle page noire de l’histoire de la République centrafricaine. Dans une zone rurale isolée, des hommes ont été piégés, exécutés puis décapités par des mercenaires de Wagner. Leurs têtes, soigneusement alignées sur un sol poussiéreux, témoignaient d’une cruauté méthodique. Les bourreaux, épaulés par des supplétifs africains surnommés les « Russes noirs » par la population locale, ont immortalisé leurs actes en commentant bruyamment la scène.

Sur ces vidéos glaçantes, on distingue clairement le chef des mercenaires ordonner : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Égorgez chaque personne ! ». Cette macabre mise en scène rappelle les pratiques les plus barbares des groupes djihadistes, où la violence devient un outil de communication. Pourtant, ici, ces atrocités ne sont pas le fait de fanatiques religieux, mais de mercenaires agissant sous le couvert d’une coopération bilatérale.

Quand le désarmement se transforme en boucherie

Parmi les victimes figuraient des membres de groupes armés venus participer à une opération officielle de désarmement. Les mercenaires de Wagner, prévenus de leur arrivée, ont transformé cette initiative en une séance de terreur. Un chef de village, venu assister à l’événement, a également été pris dans ce piège mortel. Ces exactions, loin d’être isolées, s’inscrivent dans une série d’abus commis par ces groupes armés, légitimés par un permis de tuer délivré par le pouvoir en place.

La Centrafrique, souvent qualifiée de « non-État » ou d’« État fantôme », peine à se reconstruire depuis des décennies de crises politiques et militaires. Malgré les tentatives de stabilisation menées par la Minusca et d’autres partenaires internationaux, le pays reste une zone de non-droit, partagée entre un pouvoir central affaibli et une myriade de groupes armés incontrôlables. L’arrivée des mercenaires de Wagner a exacerbé cette situation, faisant de la violence un quotidien pour des milliers de civils.

Wagner, un État dans l’État

Depuis plusieurs années, les mercenaires de Wagner ont implanté leur emprise sur la Centrafrique. Disposant d’un accès privilégié aux ressources minières du pays, ils ont étendu leur influence bien au-delà du domaine militaire. Contrôlant l’armée, la police, la justice et même les services de renseignement, ils agissent en véritable pouvoir parallèle. Disparitions, tortures et crimes impunis sont devenus monnaie courante dans un pays où les autorités semblent impuissantes face à cette ingérence étrangère.

Contrairement à d’autres régions du continent où le groupe a adopté une nouvelle appellation, les mercenaires de Wagner conservent fièrement leur marque en Centrafrique. Une statue à la mémoire d’Evgueni Prigojine, fondateur du groupe décédé en 2023, a même été érigée dans le pays. Chaque année, des soldats centrafricains célèbrent l’anniversaire de sa naissance aux côtés de leurs « partenaires » wagnériens, symbolisant ainsi l’émergence d’un ordre colonial inédit.

Face à ces exactions répétées, l’opposition politique et la société civile centrafricaine n’ont cessé de réclamer le départ des mercenaires et la fin de l’impunité. Pourtant, les autorités locales opposent un silence systématique à ces demandes, comme si elles étaient complices de cette coopération macabre avec Moscou. Il y a quatre ans, lors d’une réunion restreinte, le président Faustin-Archange Touadéra aurait justifié le maintien des Wagner par ces mots : « Nous avons besoin des Russes. C’est grâce à eux que nous gardons le pouvoir ». Garder le pouvoir, même au prix de la terreur et de l’effondrement national.