Centrafrique : comment les mercenaires de Wagner ont piégé un expert international
Dans l’ombre des conflits communautaires qui déchirent la Centrafrique, une région comme le Haut-Mbomou reste un terrain miné, tant sur le plan sécuritaire qu’humanitaire. C’est dans ce contexte tendu qu’une opération controversée a été menée il y a quelques semaines, ciblant un expert étranger en mission pour une organisation reconnue.
Une arrestation musclée dans un bar de Zemio
Un soir de mai 2024, à Zemio, petite ville du Haut-Mbomou, une scène inhabituelle se déroule dans la cour d’un bar-restaurant. Joseph Figueira, chercheur belge et portugais mandaté par une ONG américaine, partage un moment de détente avec son collègue ivoirien et une cinquantaine de locaux. Leur objectif ? Préparer un projet de prévention des conflits en collaboration avec des partenaires centrafricains et internationaux. Mais leur présence attire l’attention d’un groupe armé présent sur place depuis 2018 : les mercenaires de Wagner, officiellement intégrés aux forces de sécurité du pays.
Sans aucune explication, trois hommes en armes interrompent brutalement la réunion. Sous la menace, ils saisissent Joseph Figueira et l’emmènent de force vers un véhicule, tandis qu’un gendarme centrafricain assure la traduction. Le chercheur, qui n’a commis aucune infraction et dispose de tous les documents nécessaires, n’a même pas le temps de récupérer ses papiers. Emmené à l’aérodrome, menotté et encagoulé, il subit des violences physiques avant d’être embarqué dans un avion, le visage ensanglanté.
Un expert en règle, victime d’une opération d’influence
Joseph Figueira n’est pas un inconnu en Centrafrique. Spécialiste reconnu des dynamiques communautaires, notamment autour des Peuls, il a passé neuf jours sur place pour évaluer les besoins d’un projet financé par une agence américaine. Ses rencontres avec des officiels locaux et des acteurs de la société civile étaient parfaitement légitimes. Pourtant, son arrestation arbitraire et son transfert précipité vers Bangui révèlent une volonté claire de le discréditer ou de le neutraliser.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’une campagne d’instrumentalisation médiatique et politique orchestrée contre des acteurs humanitaires et diplomatiques. Des documents internes, révélant les méthodes d’un groupe de consultants russes lié à l’État, confirment l’existence d’une stratégie délibérée pour semer la confusion et affaiblir l’influence occidentale dans la région.
Les enjeux derrière cette arrestation
Cette opération contre un expert humanitaire ne relève pas du hasard. Elle s’inscrit dans une logique plus vaste de contrôle des flux d’information et de limitation de l’accès des organisations internationales aux zones sensibles. En ciblant des personnalités comme Joseph Figueira, les mercenaires de Wagner cherchent à fragiliser les initiatives locales de paix et à imposer une narrative alternative, favorable aux intérêts d’un acteur étranger.
Pour les populations locales, déjà éprouvées par des années de violences, cette arrestation est un signe supplémentaire de l’insécurité persistante. Elle rappelle aussi les risques encourus par ceux qui tentent de travailler sur le terrain dans des conditions précaires, sans protection suffisante.
Alors que la Centrafrique tente de se reconstruire, cette affaire soulève des questions cruciales : qui contrôle vraiment l’information ? Jusqu’où iront les méthodes des groupes armés pour imposer leur domination ? Et quel avenir pour les initiatives humanitaires dans un pays où la souveraineté semble de plus en plus menacée ?