En Casamance, région du sud du Sénégal séparée par la Gambie, les forces armées ont mené début mai une opération d’envergure contre les cultures de cannabis près de la frontière gambienne, bastion historique du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). Avec l’appui de chiens renifleurs et de gendarmes, cette intervention s’inscrit dans un conflit indépendantiste vieux de plus de quatre décennies, toujours latent malgré l’affaiblissement marqué de la rébellion.
Selon le colonel Cheikh Guèye, commandant militaire de la région de Ziguinchor, l’opération s’est soldée par 14 arrestations, la saisie de plus de six tonnes de cannabis ainsi que d’armes de guerre. Menée sans difficulté majeure, elle visait à déstabiliser l’économie illicite qui finance les activités résiduelles du MFDC, désormais réduit à des troupes vieillissantes et désorganisées.
Un expert proche du dossier révèle que la rébellion, autrefois redoutée, ne recrute plus et peine à s’approvisionner en armes depuis que ses pays voisins, la Gambie et la Guinée-Bissau, collaborent avec Dakar pour contrer les trafics. « La base politique et affective du MFDC s’effrite progressivement », explique une figure de la société civile casamançaise, soulignant que les communautés locales aspirent désormais à la paix après des années de désillusion.
L’avènement d’élites politiques issues de la Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, a également joué un rôle clé. « Les habitants perçoivent désormais une forme de revanche symbolique », précise cette source, notant que le sentiment d’exclusion a cédé la place à l’espoir d’une intégration politique.
Une rébellion sans envergure depuis plus de quarante ans
Lors d’une visite à Ziguinchor en mars, Ousmane Sonko a rappelé que le MFDC n’a jamais contrôlé un seul village en plus de quarante ans de lutte. Ses déclarations font écho à une série d’incidents récents : en mars, trois militaires ont péri et six autres ont été blessés lors d’une explosion accidentelle lors d’une opération anti-cannabis. Quelques jours plus tôt, un soldat avait été tué et six autres blessés dans des affrontements similaires.
Le Premier ministre a réaffirmé la détermination de l’État à éradiquer le trafic de cannabis, principal financement des groupes armés. « Nous combattrons cette économie illégale par tous les moyens », a-t-il déclaré, tout en affirmant tendre la main au MFDC. « Aucun territoire ne sera cédé », a-t-il martelé, rappelant la fermeté de Dakar sur l’intégrité nationale.
Le cannabis, cultivé dans des zones reculées comme le Nord Sindian, près de la Gambie, représente un enjeu économique majeur pour les populations locales. Selon un ancien membre d’une unité d’élite, cette région, marquée par des forêts denses et un manque d’infrastructures, voit des habitants dépendre de cette culture illicite pour survivre.
Des responsables administratifs rapportent que certains cultivateurs ont même sollicité des avis religieux pour légitimer leur activité. « La survie prime sur les interdits », confie un témoin, illustrant la précarité qui pousse à ces pratiques.
Des accords de paix fragiles mais une pacification en marche
Malgré les tensions persistantes, des avancées notables ont été enregistrées. En 2021, l’armée a démantelé les bases rebelles en Guinée-Bissau, apportant une accalmie durable dans cette zone. Plus récemment, des accords de paix ont été signés avec certaines factions du MFDC. Un premier texte a été célébré en 2023 près de Ziguinchor, tandis qu’un autre a été conclu en février 2025 à Bissau. Cependant, d’autres initiatives restent lettre morte.
Selon la société civile locale, les réfugiés et déplacés regagnent progressivement leurs villages, profitant de l’arrêt des hostilités et du dépôt partiel des armes. « La région se reconstruit », se réjouit-elle, tout en mettant en garde : « La pacification reste incomplète tant que des éléments armés refusent de désarmer ».