Burkina Faso : quand la justice d’exception alourdit le poids de l’insécurité

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Une décision aux conséquences immédiates sur le quotidien des Burkinabè

Le Burkina Faso s’engage désormais dans une voie où la justice extraordinairement sévère pourrait redessiner le visage de la société. L’adoption du nouveau Code pénal, réintroduisant la peine capitale, n’est pas qu’un simple texte législatif : c’est un séisme juridique aux répercussions immédiates pour chaque citoyen. Au nom de la sécurité nationale, le régime militaire mise sur la dissuasion absolue. Mais dans un pays où les attaques jihadistes fragilisent déjà les territoires, cette mesure interroge : est-ce une solution ou un leurre pour ceux qui aspirent à vivre sans crainte ?

Un arsenal répressif qui interroge son efficacité réelle

Depuis des années, le Burkina Faso lutte contre une crise sécuritaire profonde, marquée par des massacres, des déplacements massifs et l’effondrement de l’autorité de l’État dans certaines zones. Face à cette urgence, les autorités justifient le retour de la peine de mort par la nécessité de sanctionner des crimes jugés intolérables : terrorisme, espionnage, trahison, ou encore des faits aussi brutaux que l’importation de produits mortifères. Pourtant, derrière le discours de fermeté, une question cruciale persiste : la rigueur des peines suffit-elle à restaurer la confiance dans l’État ?

L’histoire montre que les régimes autoritaires, en misant exclusivement sur la répression, ont souvent échoué à endiguer les violences. Une politique sécuritaire efficace repose sur des piliers bien plus larges : le renseignement précis, des forces de défense opérationnelles, une justice équitable et une présence étatique tangible dans les zones abandonnées. Sans ces fondations, la peine de mort risque de devenir un symbole vain, capable d’intimider sans pour autant protéger.

Le danger des mesures disproportionnées

Dans un contexte où l’État burkinabè est déjà critiqué pour son affaiblissement des garanties judiciaires, la réintroduction de la peine capitale soulève des inquiétudes légitimes. Comment s’assurer que les condamnations ne ciblent pas, notamment, des opposants politiques ou des voix critiques sous couvert d’accusations fallacieuses ? Les droits de la défense, déjà fragilisés, pourraient être encore réduits, transformant la justice en outil de contrôle plutôt qu’en rempart contre l’arbitraire.

Le nouveau texte ne se contente pas de rétablir la peine de mort. Il élargit également le spectre des délits rehaussés de sanctions maximales, y compris dans le domaine médiatique, là où certains journalistes craignent déjà pour leur sécurité. La liberté de la presse, essentielle dans toute société démocratique, se trouve ainsi menacée, tandis que l’État justifie ces restrictions par l’urgence sécuritaire.

Au-delà des discours, l’épreuve des faits

Ibrahim Traoré mise sur une stratégie de fermeté affichée pour restaurer l’ordre. Mais une justice forte ne se mesure pas à la sévérité de ses peines, mais à son indépendance, sa rigueur et sa capacité à établir la vérité. Une exécution, contrairement à une peine d’emprisonnement, est irréversible. Peut-on encore parler de justice équitable lorsque l’erreur judiciaire devient une sentence sans appel ?

Pour les Burkinabè, l’enjeu est concret : survivre au quotidien. Que signifie une réforme pénale face à des civils encore victimes de tueries aveugles ? Le régime doit prouver que cette politique produit des résultats tangibles – et non simplement une illusion de contrôle. La peur que la peine de mort entend inspirer ne remplacera jamais la confiance dans l’État, condition sine qua non pour un retour à la normalité.

Un choix politique aux lourdes implications pour l’avenir

Le Burkina Faso se trouve à un carrefour. Le rétablissement de la peine de mort n’est pas une simple révision législative, mais un choix de société qui engage l’avenir du pays. Deux visions s’affrontent : celle d’un État qui cherche à museler plutôt que protéger, en sacrifiant les libertés sur l’autel d’une sécurité illusoire, et celle d’un pouvoir qui reconnaît que la sécurité et la liberté ne sont pas antinomiques.

Les citoyens ne veulent plus être des spectateurs d’une guerre dont ils ne maîtrisent pas le cours. Ils attendent des mesures qui réduisent les violences, rétablissent la présence de l’État et garantissent leurs droits fondamentaux. Une justice d’exception, aussi radicale soit-elle, ne suffira pas. Elle doit s’accompagner d’une politique globale, où la protection des populations passe avant tout par des institutions stables, transparentes et dignes de confiance.

Le Burkina Faso a-t-il les moyens de concilier fermeté et respect des droits ? La réponse à cette question définira non seulement son avenir sécuritaire, mais aussi la nature même de son régime.

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Kadidja Zongo

Journaliste