Chaque année, l’État burkinabè engage des milliards de francs CFA pour moderniser les infrastructures et améliorer le quotidien des citoyens. Pourtant, seuls 37 % de ces projets voient le jour. Où s’évanouissent donc les 63 % restants ? Derrière ce chiffre alarmant se cachent des dysfonctionnements qui pèsent lourdement sur l’économie locale, la confiance des bailleurs et, surtout, sur les populations.
Quand l’argent public se transforme en illusion de développement
Les promesses sont nombreuses : routes bitumées, écoles construites, villages raccordés à l’eau potable. Pourtant, les réalisations peinent à suivre. Les rapports officiels le confirment : depuis 2021, les enveloppes budgétaires allouées à l’investissement public ont augmenté, et les règles administratives se sont modernisées. Pourtant, sur le terrain, les résultats restent décevants. Les infrastructures promises tardent à émerger, et celles qui sont livrées se dégradent rapidement faute d’entretien.
Ce décalage entre les annonces et la réalité interroge : comment expliquer que des milliards de francs CFA, destinés à transformer le pays, disparaissent sans laisser de trace tangible ?
Le poids de l’inflation administrative sur les chantiers
Les lourdeurs bureaucratiques sont un frein majeur à la concrétisation des projets. Entre les retards dans l’attribution des marchés, les procédures interminables et les paiements en retard, les entreprises locales du BTP peinent à avancer. Asphyxiées par les tensions de trésorerie, certaines finissent par abandonner les chantiers en cours, laissant des ouvrages inachevés derrière elles.
Les études de faisabilité, souvent bâclées, aggravent la situation. Des devis sous-évalués, des sites inadaptés ou des priorités mal définies transforment des projets ambitieux en puits sans fond. Résultat : les dépenses sont engagées, mais aucune infrastructure durable n’émerge.
Les chantiers livrés, mais sans lendemain
Même lorsque des ouvrages sont finalement construits, leur durée de vie est parfois de courte durée. Faute de budgets dédiés à la maintenance, les routes neuves se fissurent sous les premières pluies, les systèmes électriques tombent en panne, et les installations hydrauliques s’encrassent. Ces infrastructures, censées servir des décennies, deviennent inutilisables en quelques années, réduisant à néant l’investissement initial.
Les partenariats publics-privés : une solution à double tranchant
Face à ce constat, le gouvernement envisage de se tourner davantage vers les partenariats publics-privés (PPP) pour mobiliser des capitaux privés. Une piste tentante, mais risquée si les faiblesses structurelles ne sont pas résolues au préalable. Confier des projets au secteur privé sans renforcer les capacités de contrôle de l’État pourrait conduire à des surcoûts financiers majeurs et à des garanties publiques coûteuses, sans garantie d’un meilleur taux de réalisation.
Les PPP ne sont pas une solution miracle. Ils ne feront que déplacer les problèmes si les dysfonctionnements actuels persistent.
Réparer la chaîne d’exécution pour sauver l’investissement public
Pour le citoyen burkinabè, la seule mesure qui compte est la réalité du service rendu : une école fonctionnelle, une route praticable, un accès à l’eau potable fiable. Injecter davantage de fonds dans un système qui perd 63 % de son efficacité revient à verser de l’eau dans un panier percé.
La priorité absolue n’est pas de multiplier les promesses, mais de réparer la chaîne d’exécution publique. Cela passe par une meilleure planification des projets, des études de faisabilité rigoureuses, des procédures administratives simplifiées et des budgets dédiés à la maintenance. Tant que ces leviers ne seront pas actionnés, chaque franc engagé restera un pari perdu pour le développement du Burkina Faso.