Une prise de position controversée sur la crise malienne
La position française concernant la situation au Mali se précise, et elle suscite de vives interrogations. Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et proche collaborateur du président Macron, a récemment exposé une analyse audacieuse qui bouscule les codes traditionnels de la diplomatie française. Lors d’un échange marqué par son franc-parler, il a évoqué la nécessité de dialoguer avec le JNIM, un groupe djihadiste affilié à al-Qaida, tout en maintenant une posture ferme sur l’avenir politique du pays.
« Si nous parvenons à écarter les tensions persistantes – comme la question du franc CFA ou des visas – la France pourrait retrouver sa place de partenaire privilégié en Afrique », a-t-il déclaré, avant d’ajouter avec une pointe de cynisme : « Pourtant, notre obsession à contrer l’influence russe sur le continent trahit une vision dépassée de nos relations avec le Mali ». Une contradiction flagrante, selon plusieurs observateurs, qui oppose les promesses d’une relation apaisée aux réalités d’une stratégie encore très ancrée dans l’héritage colonial.
Le départ des Français, un choix « contre-productif »
Interrogé sur les conséquences du retrait des forces françaises, Bruno Fuchs n’a pas mâché ses mots. « Évincer un partenaire comme la France s’avère contre-productif pour le Mali », a-t-il asséné, reprenant mot pour mot une déclaration du président Macron. Selon lui, la junte au pouvoir à Bamako serait en position de faiblesse face à ses adversaires, notamment le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, et son effondrement serait « inéluctable dans quelques semaines ou mois ».
Le député centriste a ensuite dressé un tableau alarmant des alternatives qui s’offriraient aux Maliens : « Soit ils choisissent les djihadistes intégristes – du moins pour certains d’entre eux – et les rebelles du FLA, soit ils optent pour un retour à la vie démocratique et aux libertés publiques d’avant 2012 ». Une vision manichéenne qui occulte le lourd tribut payé par la population malienne après quatorze ans de conflit armé.
Négocier avec le JNIM : une option sérieusement envisagée
Bruno Fuchs a détaillé deux scénarios pour l’avenir du Mali. Le premier mise sur une transition négociée : « Si la junte et le président Assimi Goïta acceptent de s’engager dans un dialogue, une période de transition de trois à six mois pourrait mener à des élections ». Un calendrier qu’il qualifie lui-même d’irréaliste, mais qui révèle une volonté de trouver une issue politique plutôt que militaire.
Le parlementaire a poussé l’audace plus loin en suggérant : « Comment intégrer le JNIM dans la gouvernance ? ». Un groupe terroriste, responsable de la mort de 57 soldats français au Sahel, serait ainsi envisagé comme un acteur légitime de la vie politique malienne. « Le JNIM serait prêt à déposer les armes à condition de participer à la vie politique du pays », a-t-il affirmé, sans pour autant expliquer pourquoi ce mouvement accepterait de se contenter d’un rôle secondaire plutôt que de s’imposer par la force. « Pour les Européens, la question se pose : devons-nous soutenir une telle transition ou la rejeter ? » a-t-il conclu, laissant planer le doute sur la cohérence de cette approche.
Un scénario nigérian ou un Mali à l’afghane ?
Le deuxième scénario évoqué par Bruno Fuchs repose sur une hypothèse moins rassurante : l’effondrement total de la junte et l’avènement d’un régime encore plus instable. « Si les autorités maliennes refusent tout compromis, la situation pourrait dégénérer en pire qu’une simple transition », a-t-il prévenu, sans préciser si ce « pire » concernerait le Mali, la région ou la France. Il a comparé ce risque à une « Afghanisation du Sahel », une perspective qui, selon lui, aurait des répercussions dramatiques sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Bénin.
Le député a également proposé un modèle fédéral, inspiré du Nigeria, où certaines régions appliqueraient la charia tandis que d’autres conserveraient un cadre laïc. « Un État fédéral garantissant la représentativité de chaque communauté », a-t-il suggéré, sans détailler les mécanismes concrets d’une telle organisation territoriale. Une idée qui, en l’état, semble plus proche d’un vœu pieux que d’un plan réaliste.
Les Russes prêts à quitter Bamako ?
Bruno Fuchs a aussi affirmé que les forces russes présentes au Mali seraient en train de négocier leur départ. « Ils replient leurs positions et entament des discussions », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que Moscou exigerait des garanties sur ses intérêts économiques, notamment l’exploitation des mines d’or. « Ils ne souhaitent pas être spoliés, même si leur légitimité à exploiter ces ressources reste discutable », a-t-il souligné, sous-entendant que la France, elle, serait plus légitime dans ce rôle.
Pour étayer son propos, il a cité l’exemple de la Centrafrique, où la France aurait « normalisé ses relations » avec le président Faustin Archange Touadéra, malgré la présence de mercenaires russes. « Il faut apprendre à travailler avec tout le monde, y compris avec ceux que nous critiquons », a-t-il résumé, une phrase qui résume à elle seule les contradictions de la politique africaine de Paris. Une chose est sûre : cette approche ne fait pas l’unanimité, surtout au sein des pays de l’Alliance des États du Sahel.