Arrestation de l’imam Mohamad Ishaq Kindo : les détails d’une interpellation controversée

Une arrestation qui sème le trouble dans la capitale burkinabè. Mohamad Ishaq Kindo, figure majeure de l’islam sunnite au Burkina Faso, a été interpellé hier à Ouagadougou par des forces de l’ordre dans des circonstances encore floues. L’imam, président des Oulémas sunnites du pays, a été conduit vers une destination inconnue, deux jours seulement après avoir critiqué publiquement le nouveau projet de loi sur les libertés religieuses.
Selon un communiqué de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), son arrestation est intervenue « dans des conditions dont les raisons n’ont pas été officiellement communiquées ». L’organisation a immédiatement saisi les autorités compétentes pour obtenir des éclaircissements sur cette interpellation.
Une arrestation musclée et des réactions vives
Un proche de l’imam, témoin de la scène, décrit une opération « violente » : « L’interpellation a eu lieu vers 14h, à la veille de l’Aïd, par des éléments de sécurité encagoulés, policiers et militaires. Les fidèles présents ont tenté de s’interposer, provoquant une tension immédiate. » Plusieurs personnes auraient été blessées lors de l’opération.
Les critiques de l’imam Kindo envers le projet de loi adopté le 19 mars dernier ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo devenue virale, il mettait en garde : « Que chacun se méfie et s’abstienne d’interdire les prières dans les lieux publics. Qu’importe ton rang, tu n’as ni la force ni le pouvoir de Dieu. »
Manifestations et tensions communautaires
Quelques heures après son arrestation, des centaines de personnes se sont rassemblées à Ouagadougou pour réclamer sa libération. La manifestation a été dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes, selon un témoin sur place. La FAIB a appelé au calme, demandant aux fidèles de faire preuve de « retenue et sérénité » face à cette situation.
Le calme est revenu après la Tabaski, mais la communauté musulmane reste sous haute tension. Le président Ibrahim Traoré, qui a célébré la fête, a salué le travail des forces de sécurité dans la lutte contre le djihadisme. Il a également prévenu : « Quiconque tente de saper la stabilité du pays ou de décourager nos combattants devra en assumer toutes les conséquences. » Aucune déclaration officielle n’a encore été faite concernant l’imam Kindo.

Projet de loi sur les libertés religieuses : un texte controversé
Le texte, adopté en conseil des ministres le 19 mars, vise à encadrer l’exercice des libertés religieuses pour prévenir les dérives, notamment sur les réseaux sociaux. Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, justifie cette mise à jour par la montée du radicalisme et de l’extrémisme violent, ainsi que par les discours de haine en ligne.
Parmi les mesures phares, le projet interdit l’érection de lieux de culte dans les services publics, à l’exception des établissements sanitaires, pénitentiaires et militaires. L’État, en raison de contraintes logistiques, privilégie une interdiction générale plutôt qu’une multiplication des édifices. Une précision importante : la prière dans l’espace public reste autorisée, sous réserve du respect des croyances d’autrui.
Cette arrestation s’inscrit dans un contexte de durcissement politique au Burkina Faso, où plusieurs voix critiques ont disparu depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Les autorités attribuent cette répression à la nécessité de lutter contre les groupes jihadistes, actifs dans une grande partie du territoire depuis plus d’une décennie.
Depuis près de quatre ans, le pays est dirigé par un régime militaire, dont les méthodes suscitent des interrogations croissantes au sein de la population et de la communauté internationale.