Blocus à Bamako : Amnesty International dénonce les violations de la libre circulation au Mali
Alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) maintient un blocus sur les axes routiers menant à Bamako, les populations du centre et du nord du Mali subissent de plein fouet les conséquences des violences récurrentes. Depuis le 30 avril, cet embargo improvisé isole la capitale, dépendante à plus de 80% des importations terrestres, plongeant le pays dans une crise humanitaire sans précédent.
Amnesty International alerte sur les violations des droits des civils
« Le blocus actuel de Bamako porte atteinte de manière inacceptable à la liberté de circulation des civils et pourrait engendrer des violations graves de leurs droits fondamentaux : accès à l’alimentation, à la santé et à la vie », déclare l’organisation internationale dans un communiqué publié aujourd’hui.
L’ONG pointe notamment un incident survenu le 6 mai : l’attaque d’un convoi de camions transportant des fruits entre Bamako et Bougouni, dans le sud du pays. Les véhicules, non escortés par l’armée et sans aucun lien avec des activités militaires, auraient été ciblés par les insurgés. Cette attaque illustre la dégradation de la situation sécuritaire et économique au Mali.
Kidal sous contrôle rebelle : l’armée malienne intensifie ses opérations
De son côté, l’armée malienne annonce une intensification des frappes aériennes sur Kidal, ville du nord-est désormais sous le contrôle des rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de leurs alliés du Jnim depuis fin avril. Les autorités militaires revendiquent plusieurs frappes réussies, tandis que les séparatistes affirment détenir 200 soldats maliens capturés lors des offensives du 25 avril.
Une habitante de Kidal témoigne sous couvert d’anonymat : « Les coupures d’électricité sont quotidiennes et les communications téléphoniques avec l’extérieur deviennent quasi impossibles ». La méfiance généralisée s’installe parmi les populations, prises en étau entre les différentes forces en présence.
Gao : inflation et méfiance malgré le contrôle gouvernemental
À Gao, sous administration malienne, les habitants subissent une hausse vertigineuse des prix. Le kilogramme d’oignon, par exemple, a doublé en quelques semaines. Une résidente confie : « Nous devons nous en remettre aux communiqués officiels, faute de mieux ». Les analystes évoquent une stratégie délibérée de déstabilisation du nord du pays.
Le centre du Mali : une zone sous emprise djihadiste
Des sources locales rapportent que plusieurs zones du centre sont désormais sous le joug du Jnim. Notamment la rive gauche du fleuve Niger, dans les régions de Ségou et de Koulikoro, où l’administration étatique a disparu. Les djihadistes y imposent la zakat et ferment les établissements scolaires. Fin janvier, plus de 2 300 écoles étaient fermées dans tout le pays, principalement dans le nord et le centre.
Le chercheur Abdoulaye Sounaye observe une période de réorganisation des forces : « L’armée malienne se prépare à riposter, tandis que le Jnim et le FLA anticipent une contre-offensive. Entre ces deux camps, ce sont les civils qui trinquent ».
Vers un dialogue national pour sortir de la crise ?
Pour résoudre durablement la crise, plusieurs voix s’élèvent en faveur d’un dialogue inclusif. Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, insiste : « Le gouvernement doit ouvrir la porte à toutes les composantes du pays pour négocier une issue politique. Une crise éternelle n’est bénéfique pour personne ».
Abdoulaye Sounaye partage cet avis : « Une table de négociation réunissant toutes les parties est inévitable. Les négocier maintenant pourrait éviter des affrontements plus violents ».
Cependant, les autorités maliennes rejettent toute discussion avec le FLA et le Jnim, qu’elles qualifient de groupes terroristes. Pourtant, des négociations secrètes ont déjà eu lieu pour assurer l’approvisionnement en carburant du pays, preuve que le dialogue reste une option envisagée en coulisses.