L’alliance Maroc-États-Unis : une relation historique aux répercussions contemporaines

L’histoire des relations entre le Maroc et les États-Unis s’étend sur plus de deux siècles, marquée par une alliance stratégique aux multiples facettes. Cette relation, née d’un traité de paix et d’amitié signé en 1786, a évolué pour devenir un pilier de la coopération en matière de sécurité, de commerce et de diplomatie internationale.
Récemment, cette alliance a été mise en lumière lors d’un événement migratoire majeur : l’afflux de plus de 70 000 personnes vers l’enclave espagnole de Ceuta, provoquant une crise humanitaire sans précédent avec plus de 140 victimes. Une situation qui a révélé, une fois de plus, les liens étroits entre Rabat et Washington, ainsi que leurs divergences avec Madrid.
Des racines historiques profondes
L’origine de cette alliance remonte à une époque où les États-Unis naissaient comme nation indépendante. En 1776, alors que la jeune république américaine cherchait à s’affirmer sur la scène internationale, le sultan Mohammed III du Maroc a ouvert ses ports aux navires américains, offrant ainsi une reconnaissance précoce à la nouvelle nation.
Cette initiative s’est concrétisée par la signature du Traité de paix et d’amitié à Marrakech le 23 juin 1786. Pour les États-Unis, ce traité était bien plus qu’un simple accord diplomatique : il assurait la protection de leurs navires contre les corsaires nord-africains et facilitait leur accès aux marchés méditerranéens. « La position stratégique du Maroc, à l’intersection de l’Europe, de l’Afrique et du monde islamique, en a fait un partenaire clé pour les États-Unis dans leur quête de reconnaissance mondiale », explique Timothy W. Kneeland, historien à l’université de Nazareth.
Ce traité, toujours en vigueur aujourd’hui, est considéré comme le plus ancien accord diplomatique encore actif dans l’histoire américaine. Il a survécu aux bouleversements politiques, y compris la colonisation française et espagnole du Maroc, avant de renaître avec l’indépendance du pays en 1956.

Sécurité et coopération militaire : un partenariat renforcé
La collaboration en matière de sécurité entre les deux pays ne s’est réellement intensifiée qu’après les attentats du 11 septembre 2001. Le Maroc, reconnu pour sa stabilité régionale, est devenu un allié incontournable dans la lutte contre le terrorisme international. En 2004, l’administration américaine a accordé au royaume le statut d’allié majeur non membre de l’OTAN, facilitant l’accès à des équipements militaires et à des programmes de coopération.
Cette alliance se traduit par des exercices militaires conjoints, comme Africa Lion, le plus grand entraînement mené par l’AFRICOM sur le continent africain. Les forces spéciales marocaines et américaines collaborent également dans la lutte contre les groupes extrémistes, notamment au sein de la coalition internationale contre l’État islamique.
Sur le plan économique, les échanges commerciaux ont connu une croissance spectaculaire. L’accord de libre-échange signé en 2006 a permis de multiplier par huit les échanges bilatéraux, atteignant 7,4 milliards de dollars en 2025. Bien que modeste à l’échelle de l’économie américaine, ce volume représente un bond significatif pour le Maroc.
Le Sahara occidental : un enjeu diplomatique clé
L’un des moments forts de cette alliance s’est produit en décembre 2020, lorsque les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, dans le cadre des accords d’Abraham. Cette décision a été saluée par Rabat comme une victoire diplomatique majeure et a consolidé la position du Maroc comme partenaire stratégique de Washington au Maghreb.
« Le Maroc est le membre le plus performant des accords d’Abraham. La normalisation avec Israël a résisté aux tensions régionales et s’est ancrée dans la durée », souligne Sarah Yerkes, chercheuse à la Fondation Carnegie pour la paix internationale.

Crise de Ceuta : une alliance mise à l’épreuve
La crise migratoire de Ceuta, survenue en juillet 2026, a révélé les tensions au sein du triangle formé par les États-Unis, le Maroc et l’Espagne. L’afflux massif de migrants, organisé selon Madrid par des réseaux de trafic, a provoqué une onde de choc politique et humanitaire.
Alors que l’Espagne accusait les autorités marocaines de relâcher délibérément les contrôles frontaliers, les États-Unis ont adopté une position radicalement différente. Sans remettre en cause le rôle du Maroc, Washington a pointé du doigt les politiques migratoires espagnoles, qualifiant la situation de « catastrophe comparable à une invasion ».
Cette prise de position a mis en lumière les divergences entre les alliés atlantiques. Le Maroc, partenaire clé de Washington en Afrique du Nord, est devenu un acteur incontournable dans la gestion des flux migratoires vers l’Europe. En revanche, l’Espagne, membre de l’OTAN et hôte de bases américaines stratégiques, se retrouve isolée dans ce dossier.
Les tensions se sont cristallisées autour de l’utilisation des bases espagnoles de Rota et Morón, que Madrid a refusées pour des opérations militaires américaines en Iran. Une décision qui a exacerbé les relations entre les trois pays, surtout après la crise de Ceuta.

Dans ce contexte, le Maroc a renforcé son rôle de partenaire privilégié des États-Unis. Rabat a même rendu hommage à l’administration Trump en rebaptisant une autoroute de 1 000 km dans le Sahara occidental du nom du président américain, en signe de gratitude pour son soutien à la souveraineté marocaine sur ce territoire.
Pour les experts, cette alliance offre au Maroc une position géostratégique renforcée, tandis que les États-Unis y voient un levier pour étendre leur influence en Afrique du Nord. Une dynamique qui pourrait redéfinir les équilibres régionaux dans les années à venir.
Un avenir commun entre Washington et Rabat
À l’occasion de la Fête du Trône en 2026, Donald Trump a réaffirmé l’engagement des États-Unis envers le Maroc, célébrant 250 ans d’amitié et de coopération. « Nous espérons poursuivre cette collaboration pour les 250 prochaines années », a-t-il déclaré, réitérant le soutien américain à la proposition d’autonomie marocaine pour le Sahara occidental.
Cette alliance, forgée dans l’histoire et renforcée par les défis contemporains, s’impose comme un pilier de la stabilité en Afrique du Nord. Face aux crises migratoires et aux tensions géopolitiques, le partenariat entre les États-Unis et le Maroc se révèle plus que jamais essentiel.