Une année après sa création : l’Alliance des États du Sahel toujours en quête d’une défense opérationnelle
Depuis l’adoption officielle de sa charte et la naissance de son cadre confédéral, l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, est régulièrement mise sous pression. Sa promesse phare – une défense mutuelle renforcée – peine à se matérialiser concrètement. Les récents assauts djihadistes de grande envergure sur le sol nigérien ont ravivé les interrogations : pourquoi l’AES n’a-t-elle pas encore déployé d’action militaire coordonnée visible pour répondre à ces menaces croissantes ?
Plusieurs obstacles, à la fois structurels et stratégiques, expliquent cette lenteur à traduire les engagements politiques en résultats tangibles sur le terrain.
Des armées nationales sous tension permanente
Le premier frein réside dans l’épuisement des ressources militaires de chaque État membre. Chacun doit faire face à des défis sécuritaires majeurs sur son propre territoire, rendant toute projection de troupes vers un voisin particulièrement complexe :
- Au Mali : Les forces armées, soutenues par des alliés locaux, concentrent leurs efforts sur le contrôle des régions septentrionales et centrales, où le JIM (Jama’at Nusrat ul-Islam wal Muslimin) et ses affiliés, liés à Al-Qaïda, mènent des attaques récurrentes.
- Au Burkina Faso : Plus de 50 % du territoire national subissent des offensives terroristes répétées, saturant les capacités de riposte des forces locales.
- Au Niger : Les militaires nigériens doivent gérer simultanément la sécurisation de la zone des trois frontières (Liptako-Gourma), confrontée aux assauts du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et de l’EIGS (État islamique au Grand Sahara), tout en maintenant une vigilance accrue sur les abords du lac Tchad.
Dans ce contexte, aucun des trois pays ne dispose de marges de manœuvre suffisantes pour engager des troupes significatives à l’étranger sans compromettre la protection de ses propres populations.
Des défis logistiques et organisationnels persistants
Malgré les décisions politiques prises lors des sommets de l’AES, la mise en place d’une force conjointe se heurte à des réalités opérationnelles complexes :
- Coordination et commandement : L’harmonisation des doctrines militaires et l’instauration d’une chaîne de commandement unifiée nécessitent des infrastructures de communication sécurisées et un temps d’adaptation conséquent.
- Moyens aériens et renseignements : Les déplacements de troupes sur de longues distances au Sahel exigent des capacités logistiques importantes – transports blindés, ravitaillement, drones et aviation de chasse – des ressources actuellement limitées et déjà fortement mobilisées en interne.
Un recentrage stratégique sur le renseignement et les actions ciblées
Plutôt que de privilégier des opérations militaires d’envergure, les autorités de l’AES misent désormais sur une coopération renforcée en matière de renseignement et d’interventions ponctuelles aux frontières. Pour les états-majors de la région, l’efficacité passe moins par un déploiement massif que par des actions coordonnées dans la zone des trois frontières, où chaque armée intervient depuis son propre territoire.
Cette approche, bien que moins visible, permet d’optimiser les ressources disponibles tout en maintenant une pression constante sur les groupes armés. Toutefois, elle ne répond pas encore aux attentes des populations locales, qui réclament une réponse plus directe face à l’escalade des violences.