Affaire Martinez Zogo : ce qu’il faut retenir de l’audition décisive du colonel Otoulou à Yaoundé
Depuis Yaoundé, Richard Onanena
L’audition du colonel Jean-Pierre Otoulou, enquêteur principal dans le dossier de l’assassinat du journaliste camerounais Martinez Zogo, s’est achevée ce mardi à Yaoundé. Pendant plusieurs heures, l’officier a défendu le travail de sa commission mixte d’enquête, affirmant disposer de preuves tangibles. Il a notamment insisté sur les démarches du journaliste Bruno Bidjang, collaborateur de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, l’un des principaux accusés, qui aurait cherché à obtenir des informations sur les investigations le visant.
Les avocats des parties civiles dénoncent une tentative d’infiltration
Me Calvin Job, conseil des ayants droit de Martinez Zogo, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, les agissements de Bruno Bidjang constituent une ingérence caractérisée dans le travail des enquêteurs. « Cela confirme ce que nous suspections depuis le début : il a bel et bien tenté de s’infiltrer dans cette commission mixte, alors que l’enquête était censée le concerner directement », a-t-il déclaré à l’issue de l’audience.
Le lieutenant-colonel Danwe reconnaît les faits mais invoque des ordres
Au cours de ses échanges avec le colonel Otoulou, le lieutenant-colonel Justin Danwe, de la Direction générale des renseignements extérieurs (DGRE), a reconnu avoir planifié la filature, l’enlèvement et la torture de l’animateur Martinez Zogo. Il aurait également constitué les équipes opérationnelles avec des éléments de la DGRE. Toutefois, il affirme avoir agi sur instruction de sa hiérarchie.
La défense de Léopold Maxime Eko Eko pointe une initiative personnelle
Les avocats de Léopold Maxime Eko Eko, alors directeur général des renseignements généraux, contestent cette version. Me Ndjana Ndjana souligne l’absence de preuves matérielles : « Il est parti en mission sans ordre de mission ni financement. À son retour, il n’a fait aucun compte rendu à sa hiérarchie. La conclusion est simple : le colonel Danwe a agi de sa propre initiative. »
Par ailleurs, le lieutenant-colonel Justin Danwe a maintenu que la torture de Martinez Zogo n’avait pas eu lieu dans l’immeuble Ekang, propriété de Jean-Pierre Amougou Belinga.